Retour sur le forum d’affaires Mauritanie-France : une coopération renforcée dans un contexte de transformation économique


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Drapeaux de la France et de la Mauritanie
Drapeaux de la France et de la Mauritanie

Le récent forum d’affaires franco-mauritanien du 26 novembre à Nouakchott intervient à un moment charnière pour l’économie mauritanienne. Alors que le pays se prépare à devenir producteur de gaz naturel liquéfié avec le projet Grand Tortue Ahmeyim et modernise ses infrastructures portuaires, ce rendez-vous bilatéral révèle les ambitions partagées des deux nations pour approfondir leur partenariat économique.

Les échanges entre Paris et Nouakchott ont connu une dynamique positive ces dernières années. Les exportations françaises ont progressé de 7% en 2023 pour atteindre 237,9 millions d’euros, portées notamment par les produits agricoles et alimentaires. Mais la France affiche un excédent commercial de 143 millions d’euros avec la Mauritanie, témoignant de l’inégalité dans les échanges entre les deux économies.

Ce forum a permis d’explorer de nouveaux secteurs à développer conjointement. La signature d’accords dans les domaines de la transition énergétique et des ressources minières illustre cette volonté de modernisation. L’accord de 39 millions d’euros pour l’hybridation de dix centrales thermiques s’inscrit dans la stratégie mauritanienne de diversification énergétique, cruciale pour un pays dont l’économie reste tributaire à 70% des exportations du secteur extractif.

Des défis structurels à relever ensemble

La Mauritanie fait face à des enjeux majeurs que la coopération française peut aider à surmonter. Un enfant né aujourd’hui en Mauritanie n’atteindra que 38% de sa productivité potentielle à l’âge adulte selon l’indice de capital humain Banque Mondiale, soulignant l’urgence d’investir dans l’éducation et la formation. Le chômage des jeunes, estimé à 24% en 2023, demeure élevé, alors que le pays connaît une transition démographique importante avec 61,3% de sa population vivant désormais en zone urbaine explique la Banque Mondiale.

La France, à travers l’AFD qui gère une trentaine de projets pour un montant total engagé de près de 350 millions d’euros, accompagne ces transformations dans les secteurs clés de l’eau, l’agriculture et l’éducation. Cette approche intégre le renforcement des capacités locales et le transfert de technologies.

Enfin, le Code des investissements actualisé offre des incitations. Cela peut être des terrains gratuits ou des réductions d’impôts et l’importation en franchise de droits d’équipements dans les zones économiques spéciales. La zone franche de Nouadhibou, première ZES du pays, symbolise cette nouvelle approche.

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De même, le projet portuaire de Méridiam, d’un montant de 155 millions d’euros pour le terminal à conteneurs du port de Nouakchott, illustre l’intérêt des entreprises françaises pour les infrastructures stratégiques mauritaniennes. Ce type d’investissement structurant répond aux besoins du pays tout en offrant des opportunités de retour sur investissement attractives.

Des perspectives prometteuses malgré les incertitudes

Les perspectives économiques restent favorables avec une prévision de croissance du PIB réel à 4,2% en 2024 et 5,5% en 2025, portée notamment par le démarrage attendu de la production gazière. Le projet Grand Tortue Ahmeyim devrait générer 500 millions de dollars de recettes annuelles sur la période 2024-2051, offrant au pays une nouvelle source de revenus conséquente  pour financer son développement.

Cependant, des défis persistent. La Mauritanie se classe au troisième rang des pays d’Afrique subsaharienne où l’impact humain des événements liés au climat est le plus important. Cette vulnérabilité climatique nécessite des investissements massifs dans l’adaptation et la résilience, domaines où l’expertise française peut apporter une valeur ajoutée significative.

Ainsi, le forum de Nouakchott aura finalement confirmé que la relation franco-mauritanienne évolue vers un partenariat plus équilibré, où les intérêts économiques convergent avec les impératifs de développement durable. Entre opportunités gazières, modernisation des infrastructures et défis du capital humain, cette coopération renouvelée pourrait servir de modèle pour les relations Nord-Sud en Afrique de l’Ouest.

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Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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