
Plus de trois ans après sa condamnation en première instance, le chanteur marocain Saad Lamjarred retourne devant la justice française. Son procès en appel dans l’affaire Laura Prioul s’ouvre ce jeudi 17 septembre devant la cour d’assises d’appel de Créteil, pour une durée prévue de neuf jours, jusqu’au 25 septembre. Cette nouvelle audience s’inscrit dans un feuilleton judiciaire qui s’est encore alourdi ces derniers mois, avec une seconde condamnation prononcée en mai dernier dans une affaire distincte.
Le chanteur marocain Saad Lamjarred à nouveau devant la justice française. Que lui reproche la justice française ? Les faits jugés à Créteil remontent à octobre 2016. Laura Prioul accuse le chanteur marocain de l’avoir violée et agressée dans une chambre d’hôtel parisienne, après une rencontre dans un établissement de nuit de la capitale. En février 2023, au terme d’une longue procédure, la cour d’assises de Paris avait reconnu sa culpabilité et l’avait condamné à six ans de réclusion criminelle pour viol et violences aggravées.
Un report lié à une tentative d’extorsion présumée
L’artiste avait immédiatement fait appel de cette décision et se présentera cette fois libre, sous contrôle judiciaire, dans l’attente du verdict. Lors du premier procès, Saad Lamjarred avait catégoriquement rejeté les accusations de viol, affirmant qu’aucune relation sexuelle n’avait eu lieu avec la plaignante. Il avait toutefois reconnu l’avoir frappée au visage, expliquant avoir réagi après avoir été griffé par elle.
Initialement programmé en juin 2025, le procès en appel avait été reporté pour permettre des investigations complémentaires sur un dossier parallèle : une présumée tentative d’extorsion de trois millions d’euros visant le chanteur, en échange du retrait de la plainte ou de l’absence de Laura Prioul à l’audience. Cette procédure distincte, renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris, s’est soldée en avril dernier par la condamnation de cinq des six personnes poursuivies, dont la mère de la plaignante, une avocate et une influenceuse, tandis que Laura Prioul elle-même a été relaxée.
Une seconde condamnation à Draguignan
L’audience de Créteil intervient alors que Saad Lamjarred est engagé dans une autre bataille judiciaire. Le 15 mai dernier, la cour d’assises de Draguignan l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme pour le viol d’une jeune femme à Saint-Tropez en 2018, assortis de 30 000 euros de dommages et intérêts et 5 000 euros de frais d’avocat en faveur de la victime. Jugée à huis clos, cette affaire s’est conclue sans mandat de dépôt, mais le chanteur en a également fait appel. Il avait passé près de trois mois en détention provisoire avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire.
Cette accumulation de procédures repose la question d’un éventuel soutien du Palais royal marocain, neuf ans après l’affaire initiale. En 2016, Mohammed VI avait personnellement mobilisé son avocat, Éric Dupond-Moretti, alors ténor du barreau pénal,, pour assurer la défense du chanteur, dont les frais avaient été pris en charge, selon des informations relayées à l’époque par l’agence MAP. Mais depuis, Dupond-Moretti est devenu ministre de la Justice avant de reprendre sa robe d’avocat, sans lien apparent avec ce dossier depuis 2018.
Une carrière durablement affectée
Le contexte a également évolué : la libération de la parole sur les violences sexuelles, en France comme au Maroc, rend toute prise de position publique du Palais plus exposée politiquement. Sur le plan artistique, l’affaire a considérablement fragilisé la carrière de Saad Lamjarred. Plusieurs événements ont été annulés, dont un concert au Caire en 2020, boycotté par le public. Ses contenus vidéo ont également connu une baisse de visibilité en 2024, qu’il attribue à des restrictions publicitaires des plateformes.
En février 2025, l’attribution controversée du prix « Love Brand 2025 » par l’association Les Impériales avait suscité une vive polémique, poussant l’organisation à retirer sa communication autour du prix. Le chanteur, qui prépare par ailleurs la sortie d’un nouveau titre intitulé Sagfa, reste également au centre de débats sur son image publique, entre choix vestimentaires jugés excentriques et déplacement croissant de l’attention vers ses démêlés judiciaires. Le verdict du procès en appel de Créteil est attendu à l’issue de l’audience, prévue jusqu’au 25 septembre.




