Maroc-Israël : le grand écart marocain entre boycott affiché et tourisme espéré


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Benyamin Netanyahou et Mohammed VI
Benyamin Netanyahou et Mohammed VI

Trois ans après la rupture des vols directs consécutive au 7 octobre 2023, les touristes israéliens recommencent à atterrir à Marrakech. Une nouvelle qui soulage les professionnels du tourisme marocain, mais qui met aussi en lumière une immense contradiction dans la société marocaine : rejeter dans la rue la normalisation avec Israël, tout en comptant sur les devises et les visiteurs israéliens pour faire vivre hôtels, restaurants et guides.

Le paradoxe n’est pas nouveau, mais il refait surface avec la reprise, en août dernier, de la liaison aérienne directe entre Tel-Aviv et Marrakech, interrompue pendant près de trois ans. Trois vols hebdomadaires seulement, contre une cadence bien plus dense avant la guerre à Gaza, mais des appareils qui affichent déjà complet dès leur remise en service.

Un marché qui attendait son « oxygène »

Pour tout un pan de l’économie touristique marocaine, ce retour est vital. Un écosystème entier s’était structuré autour de cette clientèle : restaurants casher, hôtels partenaires, chauffeurs, guides francophones ou hébraïsants, sociétés d’excursions en 4×4 dans le Sud marocain. Certaines entreprises organisaient jusqu’à trois circuits par mois avant l’arrêt brutal de l’activité. Des spécialistes marocains dans cette clientèle vont jusqu’à qualifier les touristes israéliens de véritable « source d’oxygène » pour ces professionnels.

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu : jusqu’à 20 000 Israéliens pourraient rejoindre directement le Maroc d’ici la fin de l’année selon la programmation aérienne actuelle, un niveau encore très en retrait des quelque 100 000 visiteurs annuels enregistrés avant la rupture des liaisons. Le Maroc, qui vise 26 millions de touristes à l’horizon 2030 dans le cadre de sa stratégie « Maroc Vision 2030 » adossée à la co-organisation de la Coupe du monde 2030, considérait justement le marché israélien comme un axe prioritaire depuis la normalisation de 2020.

La rue dit non, les commerçants espèrent

Campagnes de promotion menées par l’Office national marocain du tourisme (ONMT) en Israël, accueil à Marrakech de centaines de voyagistes israéliens. C’est là que le grand écart marocain saute aux yeux. Le même pays qui déploie des efforts commerciaux pour attirer les touristes israéliens a vu, à plusieurs reprises depuis 2020, des milliers de citoyens battre le pavé pour dénoncer la normalisation avec Israël. Des rassemblements se sont ainsi tenus dans une quinzaine de villes du royaume à l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation pour réaffirmer un soutien inconditionnel à la cause palestinienne et un rejet de tout rapprochement diplomatique avec l’État hébreu.

Cette normalisation, actée le 10 décembre 2020 sous l’impulsion de l’administration Trump en échange de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, reste un sujet sensible dans un royaume où le roi Mohammed VI préside par ailleurs le Comité Al-Qods, censé défendre les intérêts palestiniens.

Deux Maroc, une même rue

Cette contradiction est la preuve d’une très grande ambivalence, palpable dans plusieurs pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël : la realpolitik économique et diplomatique des États avance, tandis que l’opinion publique, très majoritairement acquise à la cause palestinienne, continue de manifester son opposition.

Au Maroc, cette tension se joue sur un terrain concret : celui des emplois liés au tourisme, où la question n’est plus seulement idéologique mais aussi économique, pour des milliers de familles qui vivent directement de cette manne. Entre principe politique et pragmatisme économique, le Maroc navigue, une fois de plus, en équilibre précaire.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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