Ryanair maintient le cap au Maroc pendant que Royal Air Maroc réduit la voilure


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Royal Air Maroc et Ryanair à l’aéroport de Marrakech face à la crise du kérosène
Royal Air Maroc au sol, Ryanair en phase de décollage : au Maroc, deux réponses opposées à la crise du kérosène.

Bloqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz, le marché du kérosène vacille et bouscule le ciel marocain. Face au choc, deux stratégies s’affrontent. Alors que la compagnie nationale Royal Air Maroc se résigne à couper temporairement dans ses lignes pour préserver ses marges, la low-cost Ryanair, protégée par sa politique de couverture carburant, en profite pour pousser ses pions dans le Royaume.

Un choc pétrolier qui rattrape le ciel marocain

La crise se déroule loin du Maghreb, mais ses effets se lisent déjà dans les programmes de vols vers le Maroc. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations du commerce pétrolier liées au conflit au Moyen-Orient, le marché du carburant d’aviation est sous tension. En effet, la route maritime perturbée représente une part importante des flux mondiaux de kérosène, avec des prix européens passés au-dessus de 200 dollars le baril dans les dernières semaines.

Pour les compagnies aériennes, le calcul est simple mais douloureux. Le carburant pesant lourd dans les coûts d’exploitation, la flambée des cours oblige les transporteurs à revoir leurs arbitrages. C’est à dire augmenter les tarifs, réduire certaines fréquences ou suspendre les lignes les moins rentables. Lufthansa a ainsi annoncé l’annulation de 20 000 vols, principalement sur le court-courrier, afin de limiter l’impact de la hausse.

Le Maroc se retrouve exposé au mauvais moment. Le pays aborde la haute saison touristique, période où la connectivité aérienne est décisive pour Marrakech, Agadir, Fès, Tanger ou Casablanca. Or, c’est précisément sur ces lignes très sensibles aux coûts que les compagnies commencent à ajuster leur offre.

Royal Air Maroc contrainte aux arbitrages

Royal Air Maroc a été l’une des premières compagnies du Maghreb à annoncer publiquement des mesures de réduction. La compagnie nationale marocaine a confirmé la suspension temporaire de plusieurs liaisons vers l’Afrique et l’Europe, en invoquant la hausse du kérosène, l’augmentation des coûts d’exploitation et une demande insuffisante sur certaines routes.

Les liaisons concernées touchent notamment Casablanca vers Bangui, Brazzaville, Kinshasa, Douala, Yaoundé et Libreville. Côté européen, les suspensions affectent des destinations comme Malaga, Barcelone, Lyon, Bordeaux, Marseille et Bruxelles.

Les données de programmation publiées par AeroRoutes montrent d’ailleurs que l’ajustement pourrait être plus large pendant la saison estivale. Plusieurs lignes opérées par Royal Air Maroc voient leurs fréquences réduites ou leurs réservations fermées sur une partie de l’été, notamment entre Marrakech et plusieurs villes européennes.

Pour la RAM, il s’agit de sanctuariser les routes les plus stratégiques, en particulier celles qui alimentent le hub de Casablanca et les grands axes européens. Mais le signal est inquiétant en montrant qu’une partie de la connectivité marocaine s’avère vulnérable dès que le carburant franchit un seuil critique.

Ryanair protégée par sa couverture carburant

À l’inverse de cette prudence forcée, Ryanair affiche une tout autre posture. La compagnie irlandaise a indiqué qu’elle ne prévoyait pas de modifier son programme marocain malgré la hausse du kérosène. Cette position s’explique par un élément central : ses contrats de couverture de carburant.

Dans ses résultats 2025-2026, Ryanair indique avoir couvert environ 80 % de ses besoins en carburant pour l’exercice 2027 à près de 67 dollars le baril. Cette protection lui donne une visibilité que beaucoup de concurrents n’ont pas dans le contexte actuel. La compagnie prévoit aussi de porter son trafic à 216 millions de passagers sur l’exercice 2027, contre 208 millions sur l’exercice précédent.

Au Maroc, cette avance financière appuie une stratégie commerciale déjà bien engagée. Ryanair a annoncé l’ouverture d’une cinquième base marocaine à Rabat, après Agadir, Fès, Marrakech et Tanger. La compagnie promet un programme record pour l’été 2026, avec plus de 10,7 millions de passagers vers, depuis et à l’intérieur du Royaume.

La crise du kérosène ne freine donc pas son offensive. Elle pourrait même renforcer son avantage face aux compagnies moins couvertes, obligées de réduire leur exposition sur les lignes les plus fragiles.

Deux modèles face au même choc

Ce bras de fer illustre la fracture qui se creuse dans l’aérien mondial. D’un côté, des géants du low-cost aux reins assez solides pour absorber la volatilité des cours et de l’autre, des compagnies nationales coincées entre obligations de service public, impératifs politiques et marges de manœuvre plus étroites.

La RAM n’est pas une exception, mais cette crise rappelle sa dépendance directe aux prix à la pompe. Le Royaume du Maroc a fait de l’ouverture aérienne un pilier de son développement touristique, avec l’objectif d’augmenter fortement ses capacités avant les grands rendez-vous internationaux à venir et notamment le Mondial 2030. Si la crise se prolonge, Ryanair va en profiter accélérer son expansion face à la RAM forcée de temporiser. Une situation qui commence déjà à redessiner la géographie aérienne du pays.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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