Rwanda : les fondations du pouvoir de Kagamé ébranlées

Paul Kagamé se trouve dans une mauvaise posture. D’après le rapport de l’ONU, à paraitre le 1er octobre, dont RFI a réussi à se procurer une copie, les armées rwandaise et congolaise auraient perpétré des actes de violences à l’encontre des réfugiés hutus, en République démocratique du Congo. Même si pour l’instant, le terme de génocide n’a pas été employé par les Nations unies, le trouble subsiste. Cette accusation, si elle était avérée, pourrait nuire à l’image du Rwanda et remettre en péril les fondements du pouvoir.

Paul Kagamé sur le banc des accusés. Depuis quelques temps, le président rwandais essuie une vague d’accusations. Dernière en date, un rapport de l’ONU, dont RFI a réussi jeudi à se procurer une copie. Cette enquête, dont la publication officielle est prévue le 1er octobre, révèle que des éléments de l’armée rwandaise et des soldats congolais auraient massacré des hutus, réfugiés en République démocratique du Congo (RDC), entre 1997 et 1998. Le document raconte notamment que, dans la matinée du 1er mars 1997, des soldats de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération) et rwandais auraient pénétré dans le camp Tingi-Tingi, une clairière dans la province du Maniema, et tués à coups de couteau plusieurs centaines de réfugiés. Ces Hutu s’étaient exilés en RDC en raison de l’arrivée au pouvoir en 1994 à Kigali de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) qui avait mis fin à un génocide ayant fait environ 800 000 morts, selon l’ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi.

Pour le Burundais, Nector Bidadanuré, les violences envers les Hutu ont été perpétrées en réaction « au désengagement des Nations Unies ». Le journaliste au mensuel panafricain Afrique Asie et chercheur indépendant explique que les autorités rwandaises et congolaises auraient demandé plusieurs fois à l’ONU d’intervenir dans les camps de réfugiés hutus pour régler la situation. En vain. « Des miliciens hutus qui avaient perpétré des massacres au Rwanda s’étaient mélangés aux civils dans les camps, il a fallu les séparer. Devant l’absence des Nations unies, le Rwanda a dû faire face », souligne-t-il.

Un génocide Hutu ?

Sur la qualification des violences qu’auraient perpétrées l’armée rwandaise, l’ONU s’est montrée confuse. La question de savoir si ces actes « constituent des crimes de génocide a soulevé de nombreux commentaires et demeure irrésolue jusqu’à présent », a indiqué Navanethem Pillay, le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. « Elle ne pourra être tranchée que par « un tribunal compétent, statuant au cas par cas ».

Les Nations unies essayent de calmer le jeu. En août dernier, le quotidien français Le Monde avait attisé les tensions en publiant des extraits de ce rapport. Dans ce document, le vocabulaire employé était quelque peu différent. Le Rwanda avait été accusé de faits de « génocide » contre les réfugiés civils hutus. Des mots lourds de sens qui avaient déclenché la colère du président rwandais. Paul Kagamé avait menacé de retirer ses troupes au Soudan. Il avait fallu la visite du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, début septembre, pour désamorcer la crise et convaincre Paul Kagamé de ne pas mettre sa menace à exécution.

La France sur le pied de guerre

En plus du rapport de l’ONU, le parti de Paul Kagamé, le Front patriotique rwandais (FPR), est menacé sur un autre front. Il est au cœur d’une enquête. Deux juges français ont rouvert le dossier sur l’attentat dirigé contre l’ancien chef d’état rwandais Juvénal Habyarimana. Il avait été abandonné en 2006 après que le magistrat Jean Louis Bruguière, en charge de l’affaire, a accusé le FPR d’être responsable de cet assassinat. Une accusation qui avait déclenché l’ire des autorités rwandaises et porté un coup de grâce aux relations entre la France et le Rwanda déjà quelque peu défaillantes. En 2010, le passé trouble du pays remonte à la surface. « C’est l’annus horribilis pour Paul Kagamé. Il n’est plus l’enfant chéri de la communauté internationale », explique une source proche du dossier.

Sur la scène politique rwandaise, le pouvoir s’agite. En plus du rapport des Nations Unies, la preuve de la responsabilité du FPR dans l’assassinat du président Habyarimana, pourrait entacher le mandat de Paul Kagamé. « Cela serait catastrophique pour le parti au pouvoir qui a construit son image autour du génocide (le FPR dit avoir mis fin au génocide, ndlr) et mettrait en péril les fondations de l’histoire officielle du Rwanda », conclut la source anonyme. Le 9 août dernier, le président rwandais avait été reconduit à la magistrature suprême avec plus de 93% des voix.

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