Ricardo Lumengo, premier Noir élu à l’Assemblée suisse

C’est la première fois qu’un Noir est élu au Conseil national suisse, la chambre basse du parlement fédéral. Le miracle a eu lieu en même temps que la victoire écrasante ce week-end, aux élections fédérales, du parti populiste et xénophobe de Christoph Blocher, l’UDC. Une formation politique qui a fait campagne sur l’insécurité en mettant en scène sur son affiche trois moutons blancs expulsant de la Suisse un mouton noir.

Ce doit être cela que l’Union pour la démocratie du centre (UDC), le parti populiste suisse accusé de racisme durant la campagne des élections fédérales, appelle un « étranger correct et souhaitant s’intégrer ». Ricardo Lumengo a débarqué en 1982 en Suisse comme demandeur d’asile, après avoir fui la guerre en Angola. Il a vécu de petits boulots, avec lesquels il a payé ses études de droit, à Fribourg, avant d’être naturalisé en 1997.

Dimanche, il a fait un nouveau pas vers son « intégration » en devenant le premier Noir élu au Conseil national, la chambre basse du parlement fédéral. Un miracle tant ses chances étaient infimes, aux dires même de ses collègues socialistes. Conseillé juridique du syndicat Unia et de l’association Multimondo, qui lutte pour l’intégration des jeunes issus de l’immigration, ce militant dans l’âme était déjà député socialiste au Grand conseil de Berne (le parlement des cantons suisses), son canton d’adoption, depuis 2006.

« Un pur effet anti-Blocher »

Pour Le Matin : « C’est un pur effet anti-Blocher (…) Des jeunes qui boudent habituellement les urnes se sont mobilisés en votant uniquement pour Ricardo Lumengo », explique le journal francophone suisse daté du 22 octobre. C’est « une réponse à la campagne électorale de l’UDC, abonde un député socialiste, qui ajoute que « les électeurs aiment les victimes ». « Je symbolise les Suisses issus de l’étranger, admet le principal concerné, mais je ne cherche pas à être un anti-Blocher. »

L’UDC a axé sa campagne électorale sur l’aspect sécuritaire en stigmatisant les étrangers à travers une affiche où trois moutons blancs boutent un mouton noir hors de Suisse. Les médias européens s’en étaient émus et même Doudou Diène, le rapporteur de l’ONU contre le racisme, avait demandé en août dernier le retrait de l’affiche, « de nature à susciter la haine raciale et religieuse ».

Ses adversaires et même certains de ses collègues socialistes lui reprochent son activisme en direction des jeunes issus de l’immigration. « Pour Jürg Scherrer – l’un de ses plus virulents adversaires – je ne suis qu’un réfugié qui a reçu le privilège de la nationalité suisse. Il me reproche de ne faire de la politique que pour les étrangers, et non pas pour les Suisses. Mais c’est tout faux », assurait-il en août dernier, expliquant s’engager dans les secteurs de la justice, de la protection des tavailleurs ou encore de l’école.

L’UDC a raflé 29% des voix, selon les résultats annoncés ce dimanche, le score le plus élevé d’un parti depuis en Suisse 1919, et confirmé son statut de première formation politique du pays. Aucune révolution ne devrait néanmoins toucher la Fédération, adepte de la concordance, un système qui ne repose pas uniquement sur le principe de majorité mais surtout sur la recherche de compromis largement acceptés.

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