
La pétition réclamant la fermeture de CNews dépassait mercredi 4 novembre les 800 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale française. Au Bénin, Claudy Siar, chargé de mission du président Romuald Wadagni, avait demandé dès le 19 octobre à Canal+ de retirer la chaîne de ses bouquets, en l’accusant de tenir des propos racistes envers les Africains. C’était quatre jours avant l’attentat de Trappes, qui a donné à la mobilisation française son ampleur actuelle.
Intitulé « Supprimer CNews de l’audiovisuel français », le texte demande le retrait de la fréquence TNT de la chaîne d’information du groupe Canal+, contrôlé par Vincent Bolloré. Il a franchi lundi le seuil des 500 000 signatures, qui permet à la Conférence des présidents d’inscrire un débat en séance publique, sans l’y obliger avant d’atteindre 800 000 signatures hier. Le bureau de la commission des affaires culturelles s’est réuni mardi pour examiner les suites à donner. Un éventuel débat n’aurait de toute façon aucun effet juridique sur l’existence de la chaîne.
Au Bénin, une requête adressée à Canal+
Le 19 octobre, dans une courte vidéo publiée sur X, Claudy Siar a annoncé avoir saisi la direction de Canal+ Bénin pour obtenir la suppression de CNews de ses bouquets. Selon l’ancien animateur de RFI, devenu citoyen béninois en mai puis nommé le 3 juin chargé de mission du chef de l’État pour la culture, les médias et la visibilité du Bénin, la chaîne diffuse depuis des années « un message raciste inacceptable pour nous, ici, au Bénin ». « Chaque jour sur CNews, les Africains sont insultés, dénigrés dans leurs identités plurielles », affirme-t-il. Si de tels propos sont tolérés en France, estime-t-il, le Bénin n’a pas à les accepter à destination de sa population.
Claudy Siar place sa démarche sur le terrain de la dignité des téléspectateurs africains et laisse de côté la ligne politique de la chaîne. Le destinataire de sa requête lui donne un relief particulier. CNews appartient au groupe Canal+, premier opérateur de télévision payante en Afrique francophone, qui se retrouve ainsi interpellé à la fois comme propriétaire de la chaîne et comme distributeur. Ses abonnés béninois paient pour recevoir un programme que certains accusent de mépriser leur identité.
Claudy Siar face à Cnews
Le même jour, Claudy Siar, qui dirige également l’agence Bénin Influence, a été reçu à Cotonou par Édouard Loko, président de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). Le compte rendu de l’audience évoque la tenue prochaine d’assises de la presse et des médias nationaux, sans mentionner CNews. Le lendemain, une source à la présidence béninoise a précisé à l’AFP que la démarche relevait d’une initiative strictement personnelle, à laquelle ni le gouvernement ni le chef de l’État ne sont associés. Aucune décision de retrait n’a été annoncée à ce jour.
Sans décision du régulateur, la requête n’a aucune force contraignante pour Canal+. Le groupe a pourtant déjà retiré une chaîne française sur injonction d’une autorité africaine : en juin 2023, Canal+ Burkina avait suspendu LCI pendant trois mois, conformément à la décision du Conseil supérieur de la communication burkinabè.
En France, une pétition relancée par l’attentat de Trappes
Déposée le 10 juin par un particulier, Lucas Massoni, la pétition est longtemps restée confidentielle. Elle a décollé après l’attentat raciste du 23 octobre à Trappes et La Verrière (Yvelines). Ce jour-là, un homme a tiré depuis sa voiture sur des passants, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant sept personnes, dont une fillette de 12 ans. Le suspect, mis en examen et écroué, a reconnu avoir voulu viser des personnes qu’il percevait comme musulmanes ou d’origine africaine et maghrébine.
Plusieurs responsables politiques ont ensuite accusé certains plateaux de télévision de banaliser les discours hostiles aux immigrés et aux musulmans. Le texte de la pétition s’appuie sur le passif de la chaîne devant le régulateur : 27 rappels à l’ordre et 630 000 euros d’amendes depuis 2019, selon le décompte de son auteur. En février 2026, l’Arcom a infligé à CNews 100 000 euros d’amendes pour deux séquences de « L’Heure des pros 2 » diffusées en août 2025. Dans la première, sanctionnée de 25 000 euros, l’ancienne ministre Noëlle Lenoir présentait les ressortissants algériens vivant en France comme un risque majeur pour la sécurité publique, sans contradiction sur le plateau.
La seconde, sanctionnée de 75 000 euros, associait l’ensemble des Palestiniens aux auteurs des attaques du 7 octobre 2023. Le 12 juin dernier, saisie par Reporters sans frontières, l’Arcom a également mis la chaîne en demeure de respecter le pluralisme des courants de pensée et d’opinion, dernière étape avant une éventuelle sanction financière. CNews conteste ces griefs.
Injures publiques à caractère raciste
Début avril, le parquet de Paris avait par ailleurs ouvert une enquête pour injures publiques à caractère raciste après des propos tenus à l’antenne sur Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis. La chaîne dément tout propos raciste.
Une pétition, même signée par près d’un million de personnes, ne peut pas fermer une chaîne. Le retrait d’une autorisation d’émettre relève de l’Arcom, au terme d’une procédure de sanction graduée et sous le contrôle du Conseil d’État.
Des publics africains qui répondent
Grâce aux bouquets satellitaires, les chaînes françaises occupent depuis longtemps une place importante dans l’information des publics francophones d’Afrique. Ces téléspectateurs suivent aussi les débats français et réagissent directement sur les réseaux sociaux à ce qui s’y dit à leur sujet. Pour Canal+, dont l’Afrique est devenue un relais de croissance majeur, l’affaire prend une dimension commerciale autant qu’éditoriale.
Le 10 novembre, la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale française examinera les suites à donner à la pétition réclamant la fermeture de CNews. Son président, Alexandre Portier, devant proposer soit son classement, soit l’organisation d’un débat en séance publique, tandis que la ministre de la Culture, Catherine Pégard, rappelle que seul l’Arcom est compétent pour apprécier les éventuels manquements de la chaîne.









