Régionales 2010 : la diversité avance à petits pas

Les partis avaient jusqu’au 15 février pour déposer leurs listes dans les préfectures afin de concourir aux élections régionales françaises. Le 14 mars prochain, les électeurs pourront trouver des listes plus métissées qu’en 2004. Mais, à leur tête, les candidats issus de la diversité se font rares.

Leur nombre augmente d’une élection l’autre. Disposer de candidats de la diversité issus de l’immigration, des DOM (départements d’Outre-mer), des quartiers sensibles, est devenu un enjeu politique pour les partis, soucieux de montrer qu’ils sont à l’image de la société française d’aujourd’hui. Mais les têtes de listes dans les régions restent rares. Seul le Modem peut se targuer d’avoir fait ce choix. Ni le PS, ni l’UMP ni les Verts n’ont eu cette audace.

Le Nouveau Centre de François Bayrou est le mieux servi avec près de 120 candidats issus de la diversité en places éligibles, dont 15 en têtes de listes départementales. Le MoDem peut se vanter d’être le seul des grands partis à présenter deux têtes de liste régionales issues de la diversité : Azouz Begag en Rhône Alpes, et Alain Dolium en Île-de-France. Le Modem a lancé sa campagne francilienne en misant sur un candidat inconnu du grand public : Alain Dolium, 42 ans, de père indien- martiniquais et de mère guadeloupéenne, présenté comme le «Barack Obama français », il a fait de l’emploi sa priorité. « Noir, ce n’est pas une compétence. Je ne suis pas un coup de marketing », a-t-il tenu à préciser. Placé en tête de liste régionale, il convoite la place de Président du Conseil régional.

Dans une moindre mesure, l’UMP joue aussi la carte de la diversité pour ces élections. Le parti politique dit avoir désigné une centaine de candidats de la diversité, dont 27 en place éligible. Il ne compte qu’une tête de liste départementale : la secrétaire d’État Nora Borra, dans le Rhône. Cinq autres prétendants des « minorités visibles » sont en deuxième place, parmi lesquels Rama Yade (Hauts-de-Seine), Patrick Karam (Paris), Afafe Rafiki dans les Vosges… Ce choix permettrait, selon l’UMP, la parité et le renouvellement. « La composition de nos listes est emblématique de notre volonté de mettre en valeur la diversité », a déclaré Valérie Pécresse, soulignant qu’il y avait « dix fois plus de candidats issus de la diversité cette année qu’en 2004 ».

Entre avancées et polémiques

Les élections régionales, comment ça marche?

Lors du premier tour de scrutin, le 14 mars, les candidats sont répartis entre les départements. Il ne s’agit pas d’un scrutin nominal, les électeurs devant voter pour une liste en bloc. Seules les listes qui obtiennent plus de 10% des suffrages exprimés au niveau régional peuvent accéder au second tour le 21 mars. Le système d’élection, à représentation proportionnelle, permet à chaque parti politique d’obtenir un nombre de sièges en rapport avec le nombre de voix. Le leader de la tête de liste régionale devient président du conseil régional. Les personnes qui sont en tête de listes départementales du même parti deviennent conseillers régionaux.

Le Parti Socialiste, qui a désigné 150 à 200 candidats de la diversité, dont 80 à des places éligibles, se montre beaucoup plus métissé qu’en 2004. Seule une trentaine de candidats de la diversité étaient alors mis au devant de la scène. Les candidats situés parmi les premières places des listes ont plus de chance d’être élus conseiller régional. Le PS présente cette année deux têtes de listes départementales : le premier adjoint au maire de Saint Ouen, Abdelak Kachouri, mène la bataille en Seine-Saint-Denis, et l’ancien porte-parole des émeutes à Villiers le Bel, Ali Soumaré, dans le Val d’Oise. D’autre candidats figurent aussi en deuxième place des têtes de listes régionales comme Safia Otokore dans la Côte d’Or, Assya Guettaf dans le Nord, Farida Boudaoud au Sud-Est…

Représenter la richesse sociale du pays, c’est aussi l’un des maîtres-mots d’Europe Écologie (les Verts). Safia Lebdi, l’une des fondatrices de l’association Ni Putes ni Soumises, dans le Val d’Oise, Aicha Sif dans les Bouches du Rhône, Leila Bencharif dans la Loire ou encore Karim Laanaya dans l’Eure-et-Loir sont têtes de listes départementales.

Sous les couleurs du NPA, la candidature d’Ilham Moussaïd, 22 ans, dans le Vaucluse, a défrayé la chronique. « L’association de solidarité avec les femmes arabes » a déposé lundi 15 février un nouveau recours en référé devant le tribunal administratif de Marseille pour s’opposer à la présence d’une femme voilée sur la liste du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) aux régionales. Pourtant, elle n’est qu’à la 4ème place sur la liste départementale. La jeune femme fait beaucoup parler d’elle, mais elle se trouve en position non- éligible.

« Installer de la diversité dans un scrutin de liste, des élections municipales ou régionales, est une avancée. Mais le vrai défi sera de présenter des candidats à des scrutins uninominaux », a déclaré Naïma Charaï, Présidente des Oubliés de la République. En France, la diversité avance à petits pas.