
Le procès de deux hauts gradés poursuivis pour leur rôle présumé dans la chute de Bukavu s’est ouvert ce vendredi 25 septembre à Kinshasa. Robert Anvul Yav et André Ehonza sont notamment accusés de lâcheté et de démoralisation des troupes. Pour certaines des infractions retenues, la loi militaire congolaise prévoit la peine capitale. Mais rien ne permet, à ce stade, de préjuger de l’issue du procès.
Le visage de la justice militaire congolaise s’est tourné vendredi vers l’un des épisodes les plus lourds de la guerre dans l’est de la RDC. Extraits de la prison militaire de Ndolo, les deux officiers ont comparu devant la Haute Cour militaire, plus d’un an et demi après les combats qui avaient conduit à la prise de Bukavu par l’AFC/M23 en février 2025.
Robert Anvul Yav commandait alors la région militaire du Sud-Kivu. André Ehonza Uketi dirigeait les opérations Sukola 2 Nord. Le ministère public cherche à déterminer si leurs décisions ou leur comportement ont contribué à l’effondrement du dispositif militaire gouvernemental dans la province.
La « lâcheté » au cœur du dossier
L’accusation reproche notamment à Robert Anvul Yav d’avoir quitté Bukavu avant l’arrivée de l’AFC/M23, sans avoir organisé de contre-offensive. Il lui est également reproché d’avoir engagé des combats sans disposer, selon le parquet, d’un potentiel offensif suffisant. André Ehonza est, lui aussi, poursuivi pour lâcheté et démoralisation des troupes. Le ministère public lui reproche notamment d’avoir contribué à la démoralisation des militaires en présentant les capacités de l’adversaire comme supérieures.
Les deux généraux contestent cette lecture. Lors de leurs précédentes auditions, ils ont mis en avant le rapport de forces particulièrement défavorable aux troupes gouvernementales, tant sur le plan des effectifs que de l’équipement. Le dossier porte également sur des armes et des munitions remises aux Wazalendo à Lumbishi, dans le territoire de Kalehe. Certaines armes auraient été défectueuses et des munitions périmées, selon l’accusation. La défense devra notamment répondre à la question de la responsabilité personnelle des deux officiers dans ces décisions.
La peine de mort est-elle réellement encourue ?
C’est l’un des points les plus sensibles de cette procédure. Les infractions de lâcheté commises en présence de l’ennemi sont passibles de la peine de mort en vertu du Code pénal militaire congolais. L’article 57 prévoit explicitement cette sanction pour le militaire reconnu coupable de lâcheté. La peine capitale reste donc juridiquement possible dans ce dossier. La justice militaire congolaise l’a encore illustré récemment : le tribunal militaire de garnison d’Uvira a condamné, le 4 septembre, 18 militaires à la peine de mort pour lâcheté au front.
Mais encourir la peine maximale ne signifie pas être automatiquement condamné à mort. La juridiction devra examiner les faits, les preuves, les responsabilités individuelles et les arguments de la défense. Le procès est précisément destiné à établir ces éléments.
Un procès qui dépasse le sort de deux officiers
Au-delà du destin judiciaire des généraux Yav et Ehonza, l’audience pose une question plus large : comment établir les responsabilités militaires lorsque toute une chaîne de commandement est confrontée à une offensive supérieure en moyens et en effectifs ? La chute de Bukavu avait suivi celle de plusieurs positions stratégiques du Sud-Kivu, notamment Kalehe, Kavumu et Katana. Pour l’accusation, ces replis successifs doivent être examinés à la lumière des décisions prises par les commandants. Pour la défense, ils doivent aussi être replacés dans la réalité du rapport de forces sur le terrain.
Les débats n’en sont qu’à leur début. À la demande des avocats, qui ont sollicité un délai pour examiner les pièces du dossier, la prochaine audience a été fixée au 9 octobre. Entre-temps, une chose demeure juridiquement essentielle : les deux généraux sont présumés innocents tant qu’une décision de justice définitive n’a pas établi leur culpabilité. Le procès devra donc déterminer si la chute de Bukavu relève, au regard du droit militaire, de décisions fautives imputables aux deux officiers ou d’une situation opérationnelle dont les causes dépassaient leur seule responsabilité.





