
Les Nations unies alertent sur une détention prolongée visant plusieurs figures politiques en République démocratique du Congo. Dans son dernier rapport, le Bureau conjoint des droits de l’homme évoque 42 membres de partis actuellement privés de liberté. L’opposition, notamment les proches de Moïse Katumbi et de l’ancien président Joseph Kabila, serait particulièrement touchée. L’ONU appelle les autorités à garantir des procédures judiciaires conformes aux normes internationales.
La tension politique ne faiblit pas en République démocratique du Congo. Alors que le pays vibre encore au rythme de ses succès sportifs, l’ombre de la répression plane sur la scène intérieure. Dans son dernier rapport mensuel, le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’homme (BCNUDH) dresse un constat sévère sur l’état des libertés fondamentales. Au cœur de ce document figure un chiffre qui interpelle : 42 membres de partis politiques sont actuellement privés de liberté, emportés par une vague d’arrestations menées par les services de sécurité.
Un bilan humain et sécuritaire qui s’alourdit
Le rapport de l’organisme onusien détaille une situation humanitaire et sécuritaire en nette dégradation. Pour le seul mois de janvier 2026, pas moins de 439 violations des droits humains ont été répertoriées sur l’ensemble du territoire national. Si les groupes armés restent les principaux instigateurs de la violence, particulièrement dans les provinces de l’est, les services de l’État sont pointés du doigt pour des méthodes de détention de plus en plus opaques en milieu urbain.
La majorité des personnes détenues appartiennent aux principales formations de l’opposition. Le parti de Moïse Katumbi, Ensemble pour la République, paie le plus lourd tribut avec 20 de ses membres sous les verrous. Le PPRD de l’ancien président Joseph Kabila est également touché, avec quatre cadres de haut rang toujours privés de liberté.
Parmi eux figurent des noms majeurs de la scène politique congolaise comme Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, arrêtés respectivement en décembre et janvier derniers. Selon les observateurs, ces figures sont perçues par le pouvoir comme des menaces directes, justifiant des interventions musclées souvent nocturnes et sans mandat officiel.
Le mystère des cachots clandestins et du CNC
L’une des préoccupations majeures soulevées par le BCNUDH concerne les lieux de détention. Si une partie des prévenus se trouve à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa, d’autres auraient disparu dans des sites non officiels. Le rapport mentionne l’existence de nombreux cachots clandestins opérés par le Conseil national de cyberdéfense (CNC).
Cette structure, initialement vouée à la lutte contre la criminalité numérique, semble désormais agir dans une zone grise, échappant aux contrôles judiciaires classiques. L’implication de la justice militaire et d’agents parfois non identifiés renforce l’inquiétude des familles qui restent, pour beaucoup, sans nouvelles de leurs proches.
Une pression internationale face au silence de Kinshasa
Cette situation n’est pas isolée. Déjà en mars, l’ONU recensait environ 500 personnes détenues dans les geôles des différents services de renseignements, de l’ANR à l’état-major militaire. Face à cette « machine à broyer », les appels de la communauté internationale et des organisations comme Human Rights Watch se multiplient.
Les Nations unies exigent soit la libération immédiate des détenus, soit leur présentation devant un juge indépendant, conformément aux traités internationaux ratifiés par la RDC. Pour l’heure, le gouvernement maintient sa ligne, réfutant toute dérive autoritaire alors que le climat politique s’alourdit autour des débats sur la révision de la Constitution.




