
La masse salariale de l’État congolais connaît une hausse spectaculaire qui alarme les experts. Un rapport du CREFDL confirme une progression rapide des dépenses publiques liées aux rémunérations. En cinq ans, les salaires de la fonction publique ont bondi de 40 %, mettant sous pression les finances de la RDC.
Le verdict est sans appel pour les finances publiques de la République démocratique du Congo. Selon un rapport du CREFDL, les dépenses liées à la rémunération des agents de l’État ont fortement augmenté ces dernières années. En cinq ans, la masse salariale est passée de 2,75 milliards de dollars en 2021 à 4,58 milliards en 2025, confirmant une dérive budgétaire préoccupante.
Un dérapage budgétaire qui dépasse les prévisions
L’écart entre les intentions affichées par le gouvernement et la réalité des décaissements est devenu un véritable gouffre financier. Alors que l’exécutif prévoyait initialement de consacrer environ 16 milliards de dollars aux charges de personnel sur la période 2021-2025, ce sont finalement près de 18 milliards qui ont été engloutis. Ce dépassement systématique des crédits alloués témoigne d’une difficulté chronique à maîtriser les effectifs et les échelles de paie. Aujourd’hui, les salaires absorbent plus de 43 % des recettes intérieures de l’État, un ratio que les économistes jugent largement supérieur au seuil de soutenabilité pour une économie en développement.
L’opacité des chiffres et l’inquiétude des bailleurs
Au-delà de la simple hausse des coûts, c’est le manque de transparence qui cristallise les critiques. Pour l’année 2026, les projections du CREFDL prévoient déjà une dépense de personnel atteignant 5,4 milliards de dollars. Pourtant, les rapports budgétaires officiels peinent à fournir des explications détaillées sur les raisons précises de ces dépassements. Ce flou entretenu inquiète les partenaires internationaux, notamment le FMI, qui voit dans cette masse salariale un facteur majeur de déséquilibre des comptes publics, limitant de fait les capacités d’investissement du pays dans les infrastructures ou les services sociaux de base.
Un énième audit pour sortir de l’impasse
Face à l’ampleur de la dérive, le président Félix Tshisekedi a annoncé le lancement d’un nouvel audit approfondi du fichier de la paie. L’objectif affiché est d’identifier les irrégularités, de débusquer les éventuels « agents fictifs » et de restaurer une gestion rigoureuse des effectifs. Toutefois, le CREFDL accueille cette annonce avec une certaine réserve. Le centre de recherche rappelle fort opportunément que les audits précédents n’ont pas toujours débouché sur des mesures concrètes ou des sanctions administratives. Sans une volonté politique ferme d’appliquer les corrections nécessaires, ce nouvel examen risque de rester une simple formalité comptable face à une dépense qui continue de croître sans frein.





