Ramadhan, lettres musulmanes

Rires et larmes, joie et peur. Odeur de la chorba et de la transpiration dans les bus bondés d’Alger. Et d’ailleurs. Animation à Belleville (Paris), rues désertées à Blida. Croissant de lune : rupture du jeûne, commencement des massacres. Peur des GIA, du Fis et des simples d’esprit à la Kalachnikov.

Fêtes populaires, veillées funèbres. Bourses vides, ventres creux. Victuailles de riches, salaires de pauvres. Voix hypnotique du muezzin de Kouba. Sermon menaçant de l’émir local.

Passé tolérant, mille fois recomposé, dilué, décomposé dans le présent instable. Attente du retour. Passé sans jasmin, ni merguez. Présent avec terrorisme et marché parallèle. Senteurs de l’Orient noyées dans les larmes de l’orphelin. Dalila, une fille espiègle de 12 ans, seule rescapée du dernier massacre dans l’Oranie.

Journaux. Pages programmes de télévision. Françaises. Eviter les  » unes  » ensanglantées. S’abrutir pour ne pas penser. Boire et manger à plein tubes cathodiques.

Inviter Christophe, Falila et David pour rompre le jeûne. Ne pas oublier Hélène, Olivier et Abdou. Chrétiens, musulmans, juifs et autres autour d’un couscous. Faire revivre les traditions d’hospitalité. En terre française, terre d’accueil. Boire un thé à la mosquée de Paris, à défaut d’y prier. Leur annoncer l’entente des musulmans pour fixer la date du début du ramadhan. Une première !

Parler longuement avec ma femme et mon fils, Véronique et Yacine-Rémi, de mes changements culinaires. Ni cigarette, ni strudel dans la journée. Et surtout pas de choucroute alsacienne et le vin bio de madame Meyer. Sans chercher à convertir, ni à imposer. Petit appartement, grande tolérance.

Salam Alikoum et Saha ftourkoum.