Ramadan en Algérie : les familles dépensent sans compter

Durant le mois de Ramadan, les algériens, à l’instar de tous les musulmans du monde s’abstiennent de boire, de manger et d’approcher leurs épouses de l’aube (fajr) jusqu’au crépuscule. Les préparatifs de ce mois sacré ont déjà commencé avec leurs lots de dépenses et de charges.

(De notre correspondant)

Cela est devenu une habitude. Les familles algériennes, comme beaucoup d’autres au Maghreb, sont enclins à dépenser au-delà de leurs moyens pendant le mois sacré de Ramadan. En Algérie particulièrement, la situation s’y prête déjà. Une hausse frénétique des prix des produits alimentaires de grande consommation a déjà commencé son élan cauchemardesque et s’empare presque de la totalité des marchés à travers tout le territoire. A mesure que le mois de Ramadan approche, les différents points de vente des fruits et légumes sont pris d’assaut par les citoyens qui y viennent s’approvisionner en denrées alimentaires nécessaires à la préparation de la « table de Ramadan ». En ce temps de pré-jeûne, puisque l’on est à une semaine du mois sacré, tous les produits fondamentaux au menu de la ménagère ont connu une hausse. L’oignon, la tomate, la carotte, la courgette, les navets et autres légumes nécessaires bousculent l’ordre de la mercuriale et désorientent les ménagères. Certaines familles acceptent les règles du jeu, considérant que ces coûts sont incontournables. En effet, le Ramadan est une occasion particulière qui permet aux familles de se réunir autour d’une même table au lieu de mener leurs vies séparément comme durant le reste de l’année. Ce n’est pas l’avis de d’autres familles qui émettent des opinions contradictoires.

Pourquoi tant de dépenses ?

« Le mois sacré de Ramadan est censé être le mois de la rahma, de la piété et de la clémence. Malheureusement chez nous, il offre l’occasion aux différents spéculateurs de sucer le sang des algériens sur lesquels l’étau socioéconomique se resserre sans cesse et leur imposent des prix exorbitants qui risquent de les ruiner », se lamente A.Belaid, retraité dans la région de Kabylie. Un autre chef de famille sous couvert de l’anonymat abonde dans le même sens. « A la veille de tous les mois de Ramadan, les spéculateurs profitent de l’absence totale de l’état pour imposer leur dictat aux ménagères qui ne savent à quel saint se vouer. Tous les produits indispensables à la confection de la table du ramadan deviennent inaccessibles ».

Les ménages algériens sont confrontés, donc, à de gros dilemmes. Pour assurer les dépenses d’un mois budgétaire, les Algériens de la classe moyenne font face à un casse-tête chinois. Certains recourent même au bradage de leurs meubles ou de leurs bijoux pour y réussir. L’inquiétude des ménages est plus perceptible au centre du pays, notamment chez l’Algérois où les habitudes culinaires ne différent pas de celles des anciennes générations pour les friandises du Ramadan. Pour une table bien garnie durant ce mois, nombreuses sont les familles prêtes à consentir des sacrifices. « Sauves moi aujourd’hui et tues moi demain », comme dit l’adage. Un slogan révélateur de l’attachement de beaucoup d’Algériens au présent aux dépens du futur qui réserve bien d’incertitudes. Ainsi, le Ramadan c’est aussi l’occasion pour les femmes Algériennes de démontrer leurs talents de cuisinières.

Les femmes à l’honneur

Puisque c’est à elles que revient la noble mission de garnir la table, elles s’affairent à composer une grande variété de plats destinés à couvrir la table de l’iftar (rupture du jeûne) et à satisfaire l’avidité de leurs familles affamées. Elles s’évertuent à consulter les livres de cuisine pour en ressortir de nouvelles recettes. Les journaux locaux consacrent parfois des pages entières pour présenter des menus sophistiqués et classés par ordre de prix. Et les livres s’écoulent comme des petits pains au grand bonheur des libraires. La télévision algérienne ajoute son grain de sel à cette « cuisine-mania » en diffusant des émissions durant lesquelles des spécialistes du domaine culinaire expliquent comment préparer des plats savoureux.

Des plats pour tous les goûts et toutes les bourses

En Algérie comme partout dans le Maghreb, la harira est le premier plat qu’on mange avant de passer à la vitesse supérieure en dégustant d’autres plats plus consistants. La harira, communément appelée H’rira dans le dialecte algérien, est une soupe traditionnelle composée de pois chiches, lentilles, tomates, céleri et de viande ovine en général. Pendant le mois sacré, la tradition culinaire algérienne veut que cette soupe soit le plat de la rupture du jeûne d’où son appellation « la soupe du Ramadan ». Pendant ce mois sacré, elle est servie accompagnée de dattes, d’œufs durs, de crêpes au miel et des friandises comme elle peut aussi être accompagnée de tranches de citron. « La H’rira est une soupe aux vertus multiples », nous explique Khadidja, une femme au foyer dans la région d’Alger. « En plus de sa consistance nutritionnelle, cette soupe traditionnelle procure des autres bienfaits sur la flore intestinale », ajoute notre interlocutrice.

La confection de la traditionnelle table du Ramadan nécessite des dépenses énormes qui obligent les ménagères à se rabattre sur des produits congelés comme les viandes et le poisson. « Mais le congelé n’a aucun goût, surtout les viandes qui perdent toute leur saveur. Mais on est obligé d’y faire face en raison des moyens qui font défaut à une bonne partie des familles », note Da Akli dans la région de Tizi-Ouzou. Les faibles ménages n’ont pas d’autres choix que les congelés ou les tripes « douara » (qui sont indispensables pour la préparation de la « chorba », une soupe traditionnelle algérienne) cédées à raison de 150 DA (1,5 euros) le kilogramme.

Le deuxième plat qui exige beaucoup de viandes pour pouvoir faire face aux dépenses caloriques de la journée se voit bricolé dans certains par manque d’argent. Pour certains Algériens, manger à sa faim est devenu un luxe. Le Tadjine l’ham lehlou fait aussi partie des plats incontournables dégustés pendant le Ramadan. C’est un plat traditionnel algérien composé de prunes sèches et raisin sec avec des petits morceaux de viande. Un plat riche en calorie consommée dans la quasi-totalité des ménages. La zlabia et la baklaoua sont également servis comme gâteaux durant le mois sacré.

En ce qui concerne les loisirs, il y a ceux qui préfèrent s’attabler dans des cafés à jouer au domino alors que d’autres se rabattent sur des animations artistiques qu’organisent les structures culturelles. Dans les villages, le loto est le jeu le plus populaire qui reste ancré dans les traditions ancestrales notamment dans la région de Kabylie. Les jeunes et moins jeunes veillent jusqu’au S’hour (temps de latence entre le repas de l’aurore et le deuxième repas, celui de la nuit). Le Ramadan qui débute le 20 juillet durera presque un mois

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