Rama Yade – Nicolas Sarkozy : le désamour

Rama Yade tient habituellement tête au président français Nicolas Sarkozy. En début d’année, elle a catégoriquement refusé d’aller aux élections européennes comme il le souhaitait. Récemment, elle a pris ses distances avec l’UMP dans l’affaire Jean Sarkozy. Elle a également résisté à la volonté du parti du président de la parachuter dans le département du Val d’Oise lors des élections régionales de mars prochain, avant de faire machine arrière sous les feux des critiques émanant de son propre camps. Plusieurs fois évoqué par la presse, son limogeage n’a jamais eu lieu. A cause de sa grande popularité auprès des français, selon certains analystes.

« Invivable ». C’est, selon l’hebdomadaire français Marianne de lundi, le mot qu’aurait récemment lâché Nicolas Sarkozy, pour qualifier Rama Yade, la Secrétaire d’Etat aux sports, perçue par ailleurs comme sa créature politique. Réagissant au sujet de l’affaire Jean Sarkozy [[Du nom du fils du chef de l’Etat français qui a provoqué une grande agitation dans l’opinion publique française en essayant de devenir à 23 ans, le président de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense (EPAD) l’un des plus grands quartiers d’affaires d’Europe]], la benjamine du gouvernement avait déclaré: «Il ne faut pas donner le sentiment qu’il y a une coupure entre les élites qui se protégeraient, pour lesquelles il y a une justice des puissants, et les petits, pour lesquels la justice est sévère». Elle prenait ainsi ses distances vis-à-vis du problème, alors qu’au même moment, les pontes de l’UMP se relayaient dans les médias pour défendre le jeune fils du président français. La manifestation d’indépendance de Rama Yade n’a pas du tout été du goût de Nicolas Sarkozy. La Secrétaire d’Etat aux sports a dû se rétracter, criant à l’instrumentalisation de ses propos.

Cet incident ne l’empêche pas, quelques jours après, de s’opposer à une décision prise à son endroit par l’UMP, parti sur lequel Nicolas Sarkozy garde la haute main. Ayant appris par les médias que la direction de l’UMP envisage de la parachuter, lors des élections régionales 2010 dans le Val d’Oise, un département à forte population immigrée, elle manifeste vivement son opposition. Elle veut bien aller aux élections régionales, mais seulement dans les Hauts-de-Seine où elle a grandit, et où elle préparait déjà l’échéance électorale. « Je viens d’ouvrir une permanence. Une centaine de militants travaillent pour moi. Je ne vais pas les planter comme ça », argue-t-elle.

Récidiviste

Ces deux sorties ne constituent que les épisodes les plus récents de la relation tumultueuse entre Nicolas Sarkozy et la jeune Secrétaire d’Etat issue de l’immigration.

Déjà en décembre 2007, six mois seulement après son entrée au gouvernement au poste de Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, elle surprenait par son franc-parler, lors de la visite à Paris de Mouammar Kadhafi. Alors que le président libyen était reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkozy, Rama Yade déclarait à la surprise générale que «le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits».

Un an plus tard, Nicolas Sarkozy lui offre de conduire la liste de l’UMP d’Île de France aux élections européennes. C’est en direct à la télévision, qu’elle lui signifie son refus. Invitée du Grand Jury, une émission de la chaîne RTL, elle laisse entendre : «Je suis très honorée par cette proposition, mais je suis davantage motivée par un mandat national que par un mandat européen qui me semble aujourd’hui prématuré ». Nicolas Sarkozy qui croyait sa candidature acquise a du mal à avaler la pilule. Lors de son intervention radiotélévisée du 5 février il déclare, visiblement mécontent. « Je trouve que c’était dommage qu’elle ne joue pas cette carte ».

La popularité de Rama Yade lui sert-elle de bouclier ?

Pour de nombreux observateurs, c’est grâce à sa popularité que Rama Yade est maintenue au gouvernement malgré son caractère turbulent. De nombreux sondages la placent en effet en tête des personnalités politiques préférées des Français. Les rumeurs sur son départ du gouvernement circulent depuis plus d’un an, sans que jamais son limogeage ne soit concrétisé. Cependant, son bras de fer avec le chef d’Etat lui aurait déjà coûté très cher.

Sa nomination aux Secrétariat d’Etat aux sports lors du léger remaniement ministériel de juin dernier a ainsi été interprétée comme une punition, suite à son bruyant refus d’aller aux élections européennes. Nicolas Sarkozy, qui la destinait au poste de Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, lui a finalement préféré Pierre Lellouche, avocat et ancien député UMP de la 4e circonscription de Paris.

Par ailleurs, sa réticence à suivre les directives du parti pour les élections régionales de mars prochain est vivement critiquée par les élus de droite qui, pour certains, ne manquent pas de lui rappeler, même indirectement, qu’elle doit sa place dans le gouvernement à la seule volonté de Nicolas Sarkozy, qui voulait transformer en actes ses propos sur la nécessaire promotion des Français issus de la diversité. « On peut avoir ce genre d’exigence quand on a fait un parcours à pied, pas quand on est venu en voiture de luxe avec chauffeur », a réagi un député interrogé par Libération. L’UMP par ailleurs lui demande de s’intégrer dans l’équipe. « Quand on est ministre, on est obligé de se battre et porter les couleurs de son parti. Il ne faut pas rechigner à aller au combat où que ce soit », a précisé lundi le porte-parole adjoint de l’UMP, Dominique Paillé, lors du point de presse hebdomadaire.

Cela suffira-t-il à brider Yama Rade? Interrogée par une journaliste de Canal + en début d’année, peu après son refus d’aller aux élections européennes, elle comparait sa relation avec Nicolas Sarkozy à celle d’un couple. « Vous avez sans doute un mari avec qui vous vous disputez de temps en temps, des enfants avec qui, de temps en temps, vous avez des bisbilles. Après, votre relation, elle est éprouvée, mais elle est renforcée ». Lundi sur France 2 elle a décidé de faire machine arrière à propos des régionale. Elle ira finalement là où le parti «estimera que je suis le plus utile (…) ce n’est pas moi qui prends les décisions uniquement, c’est un fonctionnement d’équipe». Un prélude à de relations moins tendues avec son mentor politique ?