
La compagnie espagnole Swiftair comparaît depuis ce lundi 9 mars devant le tribunal correctionnel de Paris pour homicides involontaires, après le crash qui avait coûté la vie à 116 personnes dans le nord du Mali en 2014.
C’est un rendez-vous judiciaire attendu depuis plus d’une décennie. Le tribunal correctionnel de Paris a ouvert ce lundi le procès de Swiftair, compagnie espagnole propriétaire du McDonnell Douglas MD-83 qui s’était écrasé au Sahel le 24 juillet 2014 alors qu’il assurait la liaison Ouagadougou-Alger pour le compte d’Air Algérie. Les audiences doivent durer quatre semaines, jusqu’au 2 avril.
L’appareil transportait 110 passagers. 54 Français, 23 Burkinabè, des Libanais et des Algériens ainsi que six membres d’équipage espagnols. Aucun n’a survécu.
Ce que l’enquête a révélé
Selon le rapport du BEA, l’équipage n’avait pas activé le système de protection contre le givrage des moteurs pendant la montée et la croisière. Des cristaux de glace se sont alors formés sur les capteurs de pression, faussant les données transmises aux systèmes automatiques. L’auto-manette a progressivement réduit la poussée des moteurs, provoquant un décrochage à haute altitude. Aucune manœuvre de récupération n’a été tentée par les pilotes.
Formation insuffisante : le cœur de l’accusation
Les juges d’instruction reprochent à Swiftair de ne pas avoir dispensé une formation suffisante à son équipage, en particulier sur la gestion du givrage par cristaux de glace, les empêchant de réagir de manière adaptée.
La défense de Swiftair conteste cette lecture et pointe la responsabilité de Boeing, constructeur de l’appareil, ainsi que de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), qui n’auraient pas suffisamment signalé le risque de décrochage brutal sans alerte préalable.
Un procès arraché de haute lutte
Ce rendez-vous devant la justice a failli ne jamais avoir lieu. Swiftair a tenté à plusieurs reprises de bloquer la procédure française en saisissant la Cour de justice de l’Union européenne, invoquant le principe du non bis in idem ( nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement à raison des mêmes faits) après avoir obtenu un non-lieu en Espagne. En novembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a définitivement rejeté cette demande, ouvrant la voie au procès.




