Kadhafi entame une visite en France contestée par Rama Yade

Le guide libyen Mouammar Kadhafi arrive lundi à Paris dans le cadre d’une visite officielle en France de plusieurs jours, la première du genre depuis plus de trois décennies. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, émet des réserves concernant cette visite qui coïncide avec la Journée mondiale des droits de l’homme.

Le leader libyen arrivera à Paris en provenance de Lisbonne au Portugal où il a participé au 2ème sommet Afrique-Europe qui a eu lieu les 8 et 9 décembre courant. Rama Yade, émet des réserves concernant cette visite du colonel Mouammar Kadhafi en France, en raison notamment du fait qu’elle coïncide avec la Journée mondiale des droits de l’homme. « Je ne partage pas l’indignation automatique de ceux qui excluent tout dialogue avec la Libye. Mais je ne peux pas dire non plus que je suis heureuse de cette visite. Parce qu’elle coïncide avec la Journée mondiale des droits de l’homme. Le choix de cette date est un symbole fort, je dirais même scandaleusement fort », déclare-t-elle dans une interview que publie Le Parisien demain (lundi).

La visite du leader libyen en France intervient à la suite de deux visites officielles effectuées en Libye par deux présidents français, Jacques Chirac en 2004 et son successeur Nicolas Sarkozy en juillet 2007. Au cours de sa visite, M. Sarkozy a signé plusieurs accords de coopération avec Tripoli portant sur la coopération économique, culturelle, environnementale, sanitaire et militaire. Les observateurs s’attendent à la signature, au cours de cette visite du Guide libyen à Paris, de plusieurs autres accords notamment dans le domaine nucléaire à usage civil et le traitement de l’eau.

« Il serait indécent que cette visite se résume à la signature de chèques en blancs

Une source officielle libyenne a indiqué que des contrats d’un montant de 3 milliards de dollars US pour l’acquisition d’avions Airbus, la construction d’une centrale nucléaire de production d’électricité et de traitement des eaux seront signés officiellement au cours de cette visite. D’autres contrats pour des équipements et installations militaires pouvant englober 12 avions militaires « Rafale » qui a été exposé lors des deux éditions du Salon libyen de l’aviation « LAVEX » en 2006 et 2007 pourraient aussi faire l’objet de signature.

Paris et Tripoli avaient, rappelle-t-on, repris leur coopération militaire en 2005 avec la signature d’un contrat d’entretien de 12 des 38 avions Mirage F1 qui sont toujours opérationnels au sein des forces aériennes libyennes. Notons que plusieurs sociétés françaises ont remporté dernièrement d’importants contrats pour la construction du nouvel aéroport de Tripoli en plus de l’investissement dans le domaine foncier, du gaz, du pétrole et du tourisme.

Pour Rama Yade, « Il serait indécent (…) que cette visite se résume à la signature de contrats ou… d’un chèque en blanc. » Le colonel Kadhafi, souligne-t-elle, doit « comprendre que notre pays n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort ».

« La seule façon de sortir par le haut, puisque maintenant Kadhafi accepte de rentrer dans le jeu international normal, c’est d’aller jusqu’au bout de cette démarche, en faisant en sorte que les droits de l’homme soient respectés dans son pays », conclut Rama Yade.