Radio des femmes de Mbalmayo au Cameroun : pari réussi

La radio des Femmes de Mbalmayo, au Cameroun, émet depuis septembre 2000. Une véritable réussite, comme nous l’explique Sophie Beyala, coordinatrice du projet au bureau de l’Unesco pour l’Afrique centrale.

Dans le cadre du Programme international pour le développement de la communication (PIDC), l’Unesco* a octroyé en mai dernier 40 000 dollars à la création de la radio communautaire rurale des femmes de Mbalmayo au Cameroun. Dirigée par les femmes de la communauté, la radio engage l’ensemble du département. Les animateurs ont été formés dès septembre 1999. Après trois mois d’émission, quel est le bilan ?

Afrik.com : Depuis quand  » Femmes-FM Mbalmayo  » émet-elle ?

Sophie Beyala : La radio émet depuis octobre dernier, et elle marche vraiment bien.

Pour l’instant elle émet entre 15 et 18 heures. Mais nous espérons bientôt augmenter notre temps d’audience et émettre de 12 à 18 heures. On peut dire qu’à partir de 15 heures une large partie de la population est branchée sur la radio.

Afrik.com : Comment la radio est-elle perçue par les auditeurs ?

S. B. : Les gens réagissent énormément. Nous recevons beaucoup de messages d’encouragement et de remerciement. Beaucoup d’auditeurs interviennent en direct, d’autres envoient des lettres ou nous téléphonent. Ce sont les hommes qui réagissent le plus, et pour nous c’est vraiment une bonne nouvelle. Car les émissions sont pour la plupart orientées vers la femme, avec beaucoup de choses sur la santé de la reproduction.

C’est le contenu des émissions qui les fait réagir : par exemple sur l’éducation de la femme, on ne dit pas toujours des choses qui plaisent aux hommes, mais en retour ils peuvent donner leur opinion. Si les hommes s’y intéressent, c’est bon signe, cela veut dire que les mentalités changent. Cela montre aussi combien la population s’interroge par rapport à des faits sociaux et nous encourage à en parler.

Afrik.com : Et les femmes de la radio, comment vivent-elles l’aventure ?

S.B. : Les femmes profitent de la radio pour dénoncer des choses qui leur paraissent injustes et qu’elles voudraient voir changer. Elles ont compris qu’elles avaient entre les mains un véritable outil de communication et elles comptent bien s’en servir. Elles sont très fières de cette radio.

Afrik.com : Quel est votre bilan au bout de trois mois d’émission ?

S. B. : C’est une vraie réussite. 70% des émissions sont en langues locales, et les gens demandent qu’il y en ait plus, ce qui montre leur engouement. Le problème maintenant pour nous, c’est de nous assurer que nos cibles soient bien atteintes. Pour cela, il faudrait que chaque femme ait son propre poste. Nous cherchons actuellement des contacts avec des entreprises qui pourront nous fournir des postes de radio à moindre coût.

C’est un tel succès que nous avons de plus en plus de demandes d’installation de radio à travers le pays. Sept localités ont déjà retenu notre attention, et nous sommes à la recherche de financements. C’est un sujet qui a accroché, et maintenant il faut satisfaire à la demande.

*Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture