Cameroun : les femmes parlent aux femmes

L’Unesco, qui apporte régulièrement une contribution importante aux projets de radios communautaires rurales de femmes en Afrique, a octroyé dernièrement 40 000 dollars à la radio des femmes de Mbalmayo au Cameroun.

La radio communautaire rurale des femmes de Mbalmayo émet depuis le mois de juin. L’heure est à l’installation des équipements et aux premiers tests grandeur nature. Sophie Beyala, qui coordonne ce projet au bureau de l’Unesco* pour l’Afrique centrale, dans le cadre du Programme international pour le développement de la communication (PIDC), se montre on ne peut plus optimiste. Elle compte beaucoup sur la campagne de sensibilisation mise en place depuis un an déjà, et qui a donné des résultats encourageants. Cette campagne s’est faite au contact direct d’une population totalement ignorante du monde des ondes, par le biais de séminaires et de rencontres dans les villages concernés.

Mme Beyala note que l’équipement en postes de radio est encore faible – un poste par famille, mais l’enthousiasme des populations laisse envisager une croissance rapide des acquisitions de postes. Les hommes et les femmes n’ayant pas les mêmes activités, l’objectif est bien sûr que chaque personne possède sa propre radio, pour l’emmener sur le lieu de travail. Projet d’envergure, la radio engage non seulement la ville, mais aussi l’ensemble du département, ce qui la différencie des autres radios locales.

La grille des programmes est en constante évolution. Les émissions, qui seront présentées à 80% en langue locale, mettront en lumière le développement de l’alphabétisation, le soin des enfants, les méthodes agricoles, l’emploi et le rôle des femmes dans le processus de développement. Avec un accent mis sur la santé de la femme et de la jeune fille, ce qui permettra de faire passer des messages de prévention – à propos du SIDA notamment. Une programmation à caractère social donc, et largement tournée vers l’action citoyenne.

La radio sera dirigée par les femmes de la communauté. Elles ont demandé à intégrer 15% d’hommes dans leurs effectifs, et ont baptisé la radio  » Femmes-FM Mbalmayo « . Dès le mois de septembre 1999, dix-huit personnes responsables de la gestion de la radio ont été formées, puis en octobre et novembre, des animateurs ont été formés aux techniques d’animation radiophoniques en milieu rural. Enfin en janvier dernier, 10 techniciens (7 femmes et 3 hommes) ont reçu la formation nécessaire pour entretenir la radio.

L’Unesco a eu recours à d’autres bailleurs de fonds tels que le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), l’Unicef** et le Fond des Nations Unies pour les populations (Fnuap). Elle s’est attachée la collaboration de l’ONG  » La ligue pour l’éducation de la femme et de l’enfant « , et prévoit de cogérer la radio pendant deux ans, au terme desquels elle devrait être totalement indépendante. Deux années qui serviront à assurer une formation continue pour tous les membres de la station. Ces derniers viennent d’horizons divers : des agricultrices ne parlant pas français, des inspecteurs, un expert en communication, une femme magistrat, des ingénieurs radio à la retraite… tous se sont lancés dans la belle aventure.

Les petites tracasseries émanant de certains fonctionnaires du ministère de la Communication, et qui ont quelque peu freiné le projet, n’ont en rien entamé la foi de Mme Beyala. Le ministère a d’ores et déjà attribué la fréquence 107.1 à la radio.

* Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
** Fond des Nations Unies pour l’Enfance