Querelle France-Maroc : quand Mostafa Ramid dénonçait la torture

Des médias et des internautes rappellent au ministre marocain, Mostafa Ramid, qu’en 2011 lui aussi dénonçait la torture au Maroc.

L’actuel ministre de la Justice au Maroc, Mostafa Ramid, a fait état ce mercredi de la décision de son pays de « suspendre l’exécution de toutes les conventions de coopération judiciaire » avec la France. Le magistrat marocain de liaison en France a même été rappelé. Ces décisions font suite à la querelle diplomatique qui dure depuis une semaine entre ces deux pays, suite à trois plaintes déposées la semaine dernière à Paris, visant le patron marocain du contre-espionnage, Abdellatif Hammouchi, pour « torture » et « complicité de torture ». Mais aussi et surtout suite à la descente policière effectuée jeudi 20 février à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa, afin de remettre une convocation du juge d’instruction à Hammouchi, présent à Paris ce jour-là.

En prenant cette décision, exigée par le Palais royal, Ramid soutient donc Hammouchi contre les accusations portées contre ce dernier. Pourtant, il n’y a pas si longtemps que cela, le 15 mai 2011 précisément, le ministre de la Justice, à l’époque député PJD, accompagnait un groupe de victimes de la torture vers le centre de Témara, le siège de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST, désormais implanté à Aïn Aouda).

Avec ce groupe de victimes, l’avocat Ramid avait l’intention de dénoncer la torture à laquelle seraient soumises toutes les personnes conduites vers cet endroit. Et c’est un homme engagé qui, en mai 2011, quatre mois avant les élections législatives qui ont porté le parti islamiste au pouvoir, s’affichait aux côtés des victimes présumées et de ses clients, pour la plupart des salafistes. Le plus étonnant, c’est qu’à cette période là, Abdellatif Hammouchi était déjà à la tête de la DGST.

Dans une vidéo tournée ce fameux 15 mai 2011, on entend Mostafa Ramid parler au téléphone avec un journaliste d’un média arabophone. Et c’est avec la plus grande conviction qu’il s’en prenait publiquement à ceux qui voulaient empêcher des citoyens de manifester pacifiquement contre ces agissements.

Ce volte-face n’a pas échappé à la presse marocaine satirique et à des internautes du Mouvement du 20 février qui se sont fait un plaisir de remettre cette vidéo à l’ordre du jour.