
Alors qu’Amnesty International vient de publier un rapport accablant sur les violences sexuelles commises par l’Armée de libération oromo, la Conférence des évêques catholiques d’Éthiopie a solennellement condamné les tueries de civils dans la zone d’Arsi et exigé que justice soit rendue.
Amnesty International a publié le 6 mars dernier un rapport documentant des viols collectifs, de l’esclavage sexuel et des exécutions sommaires imputés à l’Armée de libération oromo (OLA). Des actes pouvant constituer des crimes de guerre dénonce l’organisation. Cette spirale de violences qui ravage l’État régional d’Oromia a provoqué une réaction international.
Le 9 mars, le cardinal Berhaneyesus Demerew Souraphiel, président de la Conférence épiscopale catholique d’Éthiopie (CBCE), a condamné dans un communiqué les tueries inhumaines et les destructions ciblant des personnes innocentes, en particulier les brutalités récurrentes dans la zone d’Arsi.
Une zone d’Arsi devenue épicentre de la terreur
Les attaques de fin février ont marqué une nouvelle escalade. Le 26 février, des assaillants ont pris pour cible un marché dans l’est de l’Arsi, tuant une vingtaine de chrétiens orthodoxes dont un prêtre. Des témoins rapportent que les agresseurs ont fait irruption dans une église en scandant des slogans religieux avant d’ouvrir le feu sur les fidèles, puis ont incendié habitations et récoltes. Deux jours plus tard, une attaque à l’arme lourde frappait le monastère d’Atronse Mariam dans le district de Mahal Saint, en région Amhara, faisant six morts et plus de vingt blessés.
Selon le rapport de mars 2026 de la Commission éthiopienne des droits de l’homme, 34 chrétiens orthodoxes ont été récemment tués, portant le nombre total de victimes dans le seul district de Shirka à 164 depuis le début de l’année. La vague de violences en Oromia, amorcée en 2025, aurait coûté la vie à plus de 1 244 civils.
Un front interreligieux face à la haine
La condamnation des évêques catholiques s’inscrit dans une mobilisation interconfessionnelle plus large. L’Église orthodoxe Tewahedo d’Éthiopie, le Conseil interreligieux d’Éthiopie et le Conseil suprême des affaires islamiques ont chacun publié des déclarations distinctes condamnant les massacres et appelant les autorités à agir. Les évêques catholiques ont qualifié les tueries de péché grave devant Dieu et rappelé qu’aucune justification religieuse, ethnique ou politique ne saurait légitimer de telles atrocités.
Le 13 mars, Vatican News, le média officiel du Saint-Siège, a consacré un article détaillé à la situation en Oromia, relayant le communiqué des évêques éthiopiens et les données de la Commission des droits de l’homme. Cette couverture témoigne de l’attention du Vatican à l’égard d’une crise que la communauté internationale peine à médiatiser. En novembre 2024, le pape François avait pour sa part explicitement prié pour les chrétiens orthodoxes persécutés en Éthiopie lors de l’Angelus dominical.
La publication du rapport d’Amnesty International renforce la pression sur Addis-Abeba. Le Global Centre for the Responsibility to Protect a averti que la communauté internationale ne pouvait se permettre de détourner le regard alors que les schémas de violence contre les civils se perpétuent en Éthiopie, et qu’un retour à un conflit plus large mettrait des millions de personnes vulnérables en danger. Les évêques, eux, exhortent l’ensemble des Éthiopiens à résister à la haine et à rejeter toute tentative d’instrumentaliser ces tragédies pour attiser les divisions.





