Procès Sankara : l’acquittement, maître-mot de la plaidoirie des avocats de la défense


Lecture 4 min.
Thomas Sankara
Thomas Sankara

Le défilé des avocats de la défense s’est poursuivi, ce mercredi 23 mars, deuxième jour de leur plaidoirie. Tous rivalisent d’ardeur et d’arguments pour démontrer que leurs clients sont blancs comme neige et ne méritent nullement d’être maintenus dans les liens de la détention.

Relaxe réclamée pour Diakalia Démé et Tibo Ouédraogo

Il y a eu par exemple Me Olivier Somé, avocat de Diakalia Démé qui faisait partie des éléments de l’Escadron motorisé commando (EMC) envoyés au soir du jeudi 15 octobre 1987, pour neutraliser la Force d’intervention du ministère de l’administration territoriale et de la sécurité (FIMATS). Me Olivier Somé a insisté sur le fait que si les éléments de l’EMC se sont effectivement rendus à la base de la FIMATS, ils n’ont pas exécuté l’ordre de neutraliser cette unité. Mieux, ils ont même effectué conjointement avec leurs collègues de la FIMATS des patrouilles à Ouagadougou. La présence à Ouagadougou de Diakalia Démé, ce fameux 15 octobre 1987 pour une compétition de volley-ball militaire qui l’a entraîné dans la mission à la FIMATS ne fait pas de lui un complice de la tuerie qui a emporté le Président du Faso.

D’ailleurs, les chefs d’accusation retenus à son encontre ont évolué dans le temps. L’avocat a rappelé qu’au départ, son client était d’abord accusé d’assassinat et d’attentat à la sûreté de l’État. Mais l’accusation d’assassinat est tombée après la première comparution de Diakalia Démé devant le juge d’instruction, le 9 février 2018. Quant à l’attentat à la sûreté de l’Etat, il a été requalifié en complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Selon l’avocat, aucun fait n’atteste la moindre complicité de son client dans les événements du 15 octobre. C’est pourquoi, il s’aligne sur la réquisition du parquet militaire qui avait demandé l’acquittement pur et simple de l’homme.

L’acquittement, c’est ce que mérite aussi Tibo Ouédraogo, selon son avocate, Me Victoria Nébié. Patron de l’EMC et supérieur hiérarchique de Diakalia Démé, Tibo Ouédraogo avait dirigé la mission déléguée à la FIMATS, après le massacre du Conseil de l’entente. Le parquet avait également requis son acquittement, et c’est dans cette même logique que s’est inscrite son avocate. Pour Me Victoria Nébié, rien ne justifie l’infraction de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat collée à son client qui n’a fait que suivre des ordres pour survivre, dans le « climat de peur et de terreur » qui régnait après le coup d’Etat.

Me Eliane Kaboré exhorte le président du tribunal à ne pas écouter le parquet

Me Eliane Kaboré assure la défense de l’accusé Yamba Elysée Ilboudo, un soldat de première classe ayant conduit l’un des véhicules qui a transporté le commando assassin de Thomas Sankara et ses compagnons. L’accusé avait d’ailleurs reconnu cela au tout début du procès. Est-ce suffisant pour lui faire porter les accusations de complicité d‘attentat à la sûreté de l’Etat et de complicité d’assassinat retenues contre lui ? La réponse de son avocate est catégorique : « Il n’a fait qu’obéir à un ordre légal, celui de conduire son chef comme il l’a toujours fait. Et son chef ne lui a pas dit qu’ils allaient faire un coup d’Etat ».

Ce faisant, Yamba Elysée Ilboudo a agi comme tout chauffeur normal qui ne peut demander à son patron qui il va rencontrer et le but de la rencontre, selon Me Kaboré. « S’il le fait, il sera sanctionné. Dans ce dossier, ce ne serait pas seulement une sanction, puisque Hyacinthe Kafando a été décrit par beaucoup comme étant quelqu’un de méchant », ajoute l’avocate qui demande l’acquittement pur et simple pour son client. Me Eliane Kaboré demande donc au président du tribunal de ne faire aucun cas de la réquisition du parquet militaire qui a demandé la condamnation de Yamba Elysée Ilboudo à 11 ans de prison ferme. « Si vous suivez le parquet, vous aurez jugé, mais vous n’aurez pas rendu justice (…) », a insisté l’avocate.

L’avocat de Nabonswendé Ouédraogo demande son acquittement au bénéfice du doute

Comme ses prédécesseurs, Me Mamadou Sombié a usé de tous les arguments à sa portée pour demander l’acquittement de son client, Nabonswendé Ouédraogo contre qui le parquet a requis 20 ans d’emprisonnement ferme. Selon lui, son client n’a pas pu se trouver à bord de l’un des deux véhicules utilisés par le commando pour se rendre au Conseil de l’entente comme l’avait soutenu Yamba Elysée Ilboudo. Ce dernier n’est pas, pour l’avocat, un témoin crédible, pas plus que les autres témoins ayant chargé Nabonswendé Ouédraogo. Me Sombié a qualifié leurs témoignages de « frelatés ». « Tant que des pièces à conviction ne montrent pas la culpabilité de Nabonswendé Ouédraogo, si vous vous basez sur des témoignages, vous risquez de prendre une mauvaise décision », a soutenu l’avocat, s’adressant au président du tribunal. Me Mamadou Sombié demande, par conséquent, l’acquittement de son client ou au pis-aller une peine assortie de sursis, puisqu’il a déjà passé 5 ans en détention préventive.

Suivez Afrik.com sur Google News Newsletter