Prix Jean Giono 2026 : trois romancières liées à l’Afrique dans la première sélection


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Lilia Hassaine, Ananda Devi et Rachida Brakni figurent dans la première sélection du prix Jean Giono 2026.
Lilia Hassaine, Ananda Devi et Rachida Brakni figurent dans la première sélection du prix Jean Giono 2026.

La première sélection du prix Jean Giono 2026, dévoilée ce vendredi 4 septembre, réunit trois autrices africaines ou d’origine africaine. Ananda Devi, Rachida Brakni et Lilia Hassaine y interrogent l’esclavage, la colonisation et les identités effacées, chacune depuis un territoire romanesque distinct.

Le jury du prix Jean Giono s’est réuni ce vendredi 4 septembre chez Drouant pour arrêter sa première liste. Sur les seize écrivains retenus, trois entretiennent un lien direct avec l’Afrique : Ananda Devi, Rachida Brakni et Lilia Hassaine. Leurs romans diffèrent par le décor et l’époque, mais posent une question commune : comment reconstituer une histoire que la famille ou l’Histoire a cherché à effacer.

Créé en 1990, le prix Jean Giono récompense un ouvrage en langue française qui laisse une large place à l’imagination. Sa dotation s’élève à 10 000 euros. Une deuxième liste doit paraître le 7 octobre, avant la proclamation du lauréat le 10 novembre.

Ananda Devi réinvente le mythe fondateur de Maurice

Chronique d'un royaume perdu
Chronique d’un royaume perdu Ananda Devi

Avec Chronique d’un royaume perdu, publié chez Grasset, Ananda Devi signe le roman le plus étroitement lié au continent africain et à l’océan Indien de cette sélection. Née à Trois-Boutiques, dans le sud de l’île Maurice, l’écrivaine remonte l’histoire du Bouchon, un village côtier longtemps resté à l’écart du monde.

Le récit traverse quatre générations depuis les derniers temps de l’esclavage. Cinq jeunes gens, issus d’une même lignée noire et blanche, sont chassés d’une plantation sucrière et fondent une communauté où la frontière entre les vivants et les morts s’efface peu à peu.

Cette fresque de 464 pages a mûri pendant près de quarante ans. Ananda Devi en avait découvert la matière lors de recherches menées pour son doctorat d’anthropologie, avant de la transformer en une contre-mythologie mauricienne qui se défait des récits d’origines pures. Le roman figure également dans la première sélection du Goncourt 2026.

Rachida Brakni face aux silences de la guerre d’Algérie

La Part absente Rachida Brakni
La Part absente Rachida Brakni

Dans La Part absente, publié chez Stock, l’actrice et romancière Rachida Brakni raconte une autre forme d’effacement. Karima Ben Madhi est devenue Karina Leroy en changeant une seule lettre de son prénom. Ce geste minuscule lui a permis de prendre ses distances avec sa famille et de s’intégrer dans un milieu bourgeois parisien.

Mais l’identité reconstruite se fissure. Derrière le parcours de cette galeriste apparaît celui de sa mère, une Algérienne marquée par la colonisation et la guerre. Le roman relie trois générations de femmes prises dans les secrets et la honte que produit l’assimilation.

Née à Paris de parents algériens et ancienne pensionnaire de la Comédie-Française, Rachida Brakni avait consacré son premier livre, Kaddour, à son père, arrivé d’Algérie en 1955. Elle passe cette fois par la fiction pour interroger ce que coûte, à ceux qui la vivent, la rupture avec leurs origines.

Lilia Hassaine rend son nom à la « femme enfermée »

Lilia Hassaine choisit elle aussi une héroïne privée de son identité. Dans Je, publié chez Gallimard, la romancière franco-algérienne reprend le personnage de la première épouse d’Edward Rochester dans Jane Eyre. L’action débute en Jamaïque en 1831, dans une société coloniale encore façonnée par l’esclavage.

Antoinette Cosway tombe sous l’emprise de Rochester, qui la dépossède peu à peu d’elle-même avant de la renommer Bertha et de l’enfermer. Lilia Hassaine restitue une voix à celle que Charlotte Brontë avait réduite au rôle de la « folle du grenier ».

Déjà distinguée par le prix Renaudot des lycéens pour Panorama, Lilia Hassaine figure, comme Ananda Devi, dans les premières sélections du Goncourt et du Giono cette année.
Ces trois romans occupent une place dans deux des prix littéraires les plus suivis de la rentrée, signe de l’attention portée cette année aux récits liés à l’Afrique et à ses diasporas.

Rédaction
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