
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a réuni, mercredi 2 septembre, le Haut Conseil de sécurité autour des incendies ayant touché plusieurs régions du pays et de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Le Conseil a demandé l’application de la peine de mort pour les crimes liés aux incendies et décidé la création d’un organe spécialisé dans la lutte contre la drogue, ainsi que la transformation d’une caserne de l’Armée nationale populaire dans le Tanezrouft en prison de haute sécurité.
L’Algérie engage une nouvelle série de mesures sécuritaires après les incendies enregistrés à partir du 26 août dans plusieurs wilayas du centre et de l’est du pays. Lors de la réunion du Haut Conseil de sécurité présidée par Abdelmadjid Tebboune, l’état d’avancement des investigations menées par la Gendarmerie nationale et la Sûreté nationale a été présenté. Les deux services doivent communiquer conjointement les conclusions de leurs enquêtes. Le Conseil a appelé à réactiver l’exécution de la peine de mort pour les crimes liés aux incendies.
Peine de mort : le dossier des incendies
Cette orientation avait été annoncée par Abdelmadjid Tebboune le 30 août. Le Président avait alors demandé au ministre de la Justice de préparer, avant le 15 septembre, une modification du Code pénal destinée à prévoir explicitement la peine capitale contre les auteurs d’incendies volontaires et à en réactiver l’exécution. Les instructions présidentielles sont intervenues après plusieurs jours de feux ayant touché notamment les wilayas de Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou.
Les enquêtes sur l’origine des incendies avaient été lancées auparavant. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, avait annoncé le 27 août l’ouverture d’investigations approfondies afin d’établir les causes des départs de feu et les éventuelles responsabilités. Le Haut Conseil de sécurité a confirmé mercredi que les investigations sécuritaires et scientifiques se poursuivaient. Aucune conclusion générale attribuant l’ensemble des incendies à une origine criminelle n’a été annoncée dans le communiqué relatif à la réunion du Conseil.
Une prison de haute sécurité à Tanezrouft
L’Algérie n’a procédé à aucune exécution depuis 1993, tandis que la peine capitale demeure inscrite dans sa législation pour plusieurs infractions. Amnesty International indique également qu’aucune exécution n’a été réalisée depuis cette date. Le champ d’application de la peine de mort a par ailleurs été élargi en 2025 à plusieurs infractions liées aux stupéfiants à la suite de modifications de la loi algérienne sur la prévention et la répression de l’usage et du trafic illicites de drogues et de substances psychotropes. Le Haut Conseil de sécurité a également consacré une partie de sa réunion à la lutte contre le trafic de stupéfiants.
Le Conseil a décidé de créer un organe sécuritaire spécialisé dans ce domaine, en référence à des dispositifs similaires existant dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis. La réunion a aussi salué les opérations menées par l’Armée nationale populaire et les services de sécurité dans le cadre de la lutte contre les réseaux de trafic de drogue. Une seconde mesure concerne les infrastructures pénitentiaires. Le Haut Conseil de sécurité a décidé de transformer une caserne de l’Armée nationale populaire située dans le Grand Sud, au Tanezrouft, en prison de haute sécurité destinée aux « barons de la drogue et aux trafiquants ».
L’Algérie dispose déjà de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, créé en 1997 et rattaché au ministère de la Justice. La nouveauté réside donc dans la création d’une structure proprement sécuritaire, davantage tournée vers le renseignement et l’action opérationnelle.
Enquêtes et prise en charge des sinistrés
Au plus fort de la crise, le bilan de la Protection civile arrêté le 27 août à 7 heures faisait état de 193 incendies de végétation dans 13 wilayas : 147 avaient été éteints et 46 restaient actifs. Les feux ont fait 12 morts, dont cinq à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou. À Béjaïa, 54 personnes ont également été blessées, dont six grièvement, certaines ayant été transférées à l’hôpital des Grands Brûlés de Zéralda. Le 30 août, la Protection civile a annoncé que l’ensemble des incendies déclarés depuis le 26 août avaient été maîtrisés.
Le 30 août, la Protection civile a annoncé que les incendies déclarés entre le 26 et le 30 août dans plusieurs wilayas avaient été circonscrits et totalement maîtrisés. Les autorités ont également engagé des opérations de remise en état dans les zones affectées. À Tizi Ouzou, des travaux ont notamment été entrepris pour réparer les réseaux énergétiques et d’eau endommagés par les incendies des 26 et 27 août.
Le Premier ministre Sifi Ghrieb avait auparavant indiqué que des instructions présidentielles avaient été données pour assurer la prise en charge des blessés et des sinistrés. Abdelmadjid Tebboune avait par ailleurs annoncé l’indemnisation des personnes ayant perdu leur logement, leurs biens, leur cheptel ou leurs vergers dans les incendies. Un deuil national de trois jours avait été décrété à compter du 27 août après les décès enregistrés dans les wilayas touchées.




