
Alors que le nombre total de visas accordés aux Algériens a chuté de 18,3 % en 2025, plus de 8 350 étudiants ont été autorisés à rejoindre les établissements français, soit un millier de plus que l’année précédente. Une exception qui confirme la qualité et l’attractivité des candidatures algériennes, même si le relèvement du seuil de ressources risque désormais de freiner cette dynamique.
Le département des études, des statistiques et de la documentation du ministère français de l’Intérieur a publié, le 25 août, l’édition 2026 de L’Essentiel de l’immigration. Le document rassemble les principales données relatives aux visas, aux titres de séjour, à l’asile et à l’accès à la nationalité française.
L’un des chiffres les plus commentés en Algérie concerne les visas. En 2025, la France en a délivré 204 243 à des ressortissants algériens, courts et longs séjours confondus. Ce total marque une baisse de 18,3 % par rapport à 2024. Dans le même temps, les consulats français ont accordé 2 958 607 visas toutes nationalités confondues, soit une progression de 3,5 %.
Dans le contexte de crise entre Alger et Paris, cet écart se prête naturellement à une lecture diplomatique, mais leur ventilation par motif met aussi en évidence la place devenue centrale des études dans les mobilités algériennes de longue durée vers la France.
Près d’un visa de long séjour sur deux pour les études
En 2025, 18 371 visas de long séjour ont été délivrés à des Algériens. Parmi eux, 48,7 % relevaient du motif « études ou stage », contre 28,8 % d’un motif familial et seulement 9,4 % d’un motif économique, selon les données détaillées du ministère de l’Intérieur.
Le profil algérien se distingue de ceux de ses voisins. Chez les Marocains, les études représentent 40,5 % des visas de long séjour et les motifs économiques 28 %. Pour les Tunisiens, le motif familial arrive en tête avec 42 %, devant le motif économique, à 27,9 %, et les études, à 25,5 %.
Ces pourcentages décrivent la composition des visas accordés, pas la difficulté d’en obtenir un pour motif professionnel. Ce qu’ils montrent, c’est que la part économique est trois fois plus faible chez les Algériens que chez les Marocains ou les Tunisiens, l’essentiel des séjours longs algériens passant par les études. C’est aussi d’un autre côté en raison de la qualité de l’enseignement en Algérie, qui fait de ses étudiants des recrues de choix pour les universités et grandes écoles françaises.
Le seuil de ressources passe de 615 à 877,50 euros
C’est au moment où les études s’affirment comme la première voie de long séjour pour les Algériens que les conditions financières se durcissent. Depuis le 1er août 2026, une demande de visa ou de titre de séjour étudiant doit être accompagnée de justificatifs attestant d’au moins 877,50 euros de ressources par mois, contre 615 euros auparavant.
Prévu par le décret n° 2026-526 du 22 juin 2026, ce seuil correspond désormais à 47 % du montant mensuel brut du salaire minimum français. Il représente une hausse d’environ 43 % et un équivalent annuel de 10 530 euros. Le montant n’est pas figé et évoluera avec le Smic applicable à la date du dépôt de la demande. Pour les candidats non boursiers, cela alourdit le poids de la capacité financière personnelle ou familiale dans la constitution du dossier.
À cette exigence s’ajoutent les frais de procédure de Campus France Algérie, fixés à 20 000 dinars et non remboursables, ainsi que les frais de traduction, de dossier, de demande de visa et de déplacement jusqu’au centre de dépôt.
Pour la rentrée 2025, l’ambassade de France en Algérie avait annoncé la délivrance de 8 351 visas étudiants, soit plus d’un millier de plus qu’en 2024. Le nouveau seuil pourrait freiner cette progression en écartant les candidats incapables de présenter les garanties demandées.
Les contraintes particulières de l’accord de 1968
Les étudiants algériens restent soumis à un régime distinct de celui des autres ressortissants étrangers. Leurs conditions de séjour sont régies par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié à plusieurs reprises, et non entièrement par le régime général du Code de l’entrée et du séjour des étrangers.
Cette singularité ne leur est pas toujours favorable. Leur visa de long séjour ne vaut pas automatiquement titre de séjour et une fois arrivés en France, ils doivent demander un certificat de résidence portant la mention « étudiant ».
Le visa de court séjour « étudiant-concours », qui permet de venir passer une épreuve d’admission puis, en cas de réussite, de demander un titre sans retourner dans son pays, n’est pas ouvert aux Algériens. L’accord de 1968 ne prévoit pas ce dispositif.
Les conditions de travail sont également plus restrictives car un étudiant algérien doit obtenir une autorisation de travail et son activité salariée reste limitée à 50 % de la durée annuelle pratiquée dans la branche ou la profession concernée, contre 60 % pour la plupart des autres étudiants étrangers. La possibilité de financer une partie de l’année universitaire par un emploi est donc plus réduite, ce qui accroît l’importance des ressources disponibles dès le dépôt du dossier.
Après le visa, le goulot des préfectures
Une fois en France, les difficultés peuvent se déplacer vers le renouvellement du titre. En juillet 2026, l’Association des avocats pour la défense des droits des étrangers a engagé, devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, une action de groupe en cessation de manquement contre l’État, représenté dans les Hauts-de-Seine par le préfet Alexandre Brugère.
L’association dénonce notamment l’impossibilité d’obtenir certains rendez-vous dans les délais, des durées de traitement jugées excessives, l’absence de documents provisoires permettant de justifier de la régularité du séjour et les difficultés à joindre les services préfectoraux.
La préfecture affirme de son côté avoir ramené le délai moyen de traitement des titres de 142 à 92 jours entre mars et juillet, tout en reconnaissant que toutes les situations individuelles ne sont pas encore réglées.
Les Marocains et les Algériens sont les deux premières nationalités concernées par les renouvellements de titres en France avec respectivement 139 316 et 126 767 titres en 2025. Pour un étudiant, l’absence prolongée de récépissé ou d’attestation de prolongation d’instruction peut compromettre un emploi, le versement de prestations, un déplacement à l’étranger ou certaines démarches liées au logement.
La prochaine campagne Études en France ouvrira en Algérie le 1er octobre 2026, en vue de la rentrée 2027. Les candidats devront cette fois intégrer le nouveau seuil de ressources dès la constitution de leur dossier, avant même l’examen académique de leur candidature.




