Prince Ngassa Happi : « L’Union de Douala est en train de se restructurer »


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Prince Emmanuel Ngassa Happi
Prince Emmanuel Ngassa Happi

Ancien président de l’Union sportive de Douala dans ses ères de gloire, Prince Emmanuel Ngassa Happi a tout donné pour le club, entre 1967 et 1982. C’est avec lui que l’équipe fanion de la capitale économique camerounaise a remporté ses deux titres continentaux : la Ligue des champions de la CAF en 1979 et la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe de football en 1981. Elle a également été championne du Cameroun de 1969, 1976, 1978 et remporté deux coupes nationales, en 1969 et 1980. Aujourd’hui, il occupe la présidence du conseil des sages du club. Trouvé au quartier des affaires de Bonanjo, il a ainsi fait savoir que l’Union de Douala est en train de se restructurer.

Entretien de notre Envoyé spécial au Cameroun,

Comment se porte l’Union sportive de Douala, de façon plus générale, le football local au Cameroun ?

Je voudrais vous dire qu’aujourd’hui l’Union de Douala est en train de se restructurer, pour redevenir ce qu’elle était d’antan. À la veille de l’indépendance, on avait une équipe qui était l’Oryx de Douala. Après, on a vu la domination du Canon, puis de l’Union pendant longtemps. Tout ceux-là, que ce soit Canon ou l’Union, Dynamo ou Tonnerre, ont émergé à partir de 1980. Avant, on parlait des Caïmans, de l’Oryx, des Léopards. Grosso modo, cela est dû à deux phénomènes. D’abord, les dirigeants faisaient du sport pour le sport, c’est-à-dire par affection et non par intérêt. Ensuite, les joueurs de l’époque ne se souciaient pas de l’argent. Ils jouaient pour le plaisir de jouer. Pour ce qui est de l’Union de Douala comme le Canon, nous avons su rassembler autour de ces équipes les meilleurs nationaux, pour gagner des titres sur le plan national, ensuite en Afrique.

Les clubs camerounais étaient performants en Afrique, à l’image de l’Oryx de Douala, du Canon ou encore l’Union…

Comme vous le savez, l’Union a gagné tous les trophées possibles sur le plan national et continental. Cela est dû aux généreuses attentions des dirigeants, mais surtout par la combativité et la fierté de nos joueurs. Parce que l’équipe a deux paramètres très importants : il y a les dirigeants et aussi les joueurs. Sinon, tu as beau avoir de l’argent, si tu n’as pas de bons joueurs, ça n’en vaut pas la peine. Nous avions eu la chance d’avoir de grands joueurs comme Bep Solo, mon ancien capitaine, René N’Djeya, Joseph-Antoine Bell, Joseph Kamga, François Ndoumbé Léa… Une équipe qui ne jouait que pour le plaisir de jouer.

Qu’est-ce qui, selon vous, explique que le football camerounais n’arrive plus à s’illustrer dans les compétitions des clubs africains ?

C’est l’avènement de l’argent. À l’époque, nos joueurs pouvaient faire cinq à six ans dans un club, mais maintenant quand un joueur sait qu’il est bon, il veut aussitôt partir, au bout d’un an, à la recherche de l’argent. On est à l’ère de l’argent. Quand tu as 14 à 15 ans, tu tapes au ballon et tu marques des buts, on te vend parce qu’aujourd’hui, on a aussi des dirigeants qui n’ont pas les moyens. La vie est dure et les dirigeants n’ont plus les moyens qu’on avait auparavant. Même au-delà du sport, quand tu fais une erreur et que tu ne la reconnais pas, tu n’évolues pas. Il faut toujours se remettre en cause. Quelle solution maintenant ? On est en train de réfléchir, que ça soit l’Union de Douala ou le football camerounais dans son ensemble. Nous sommes en train de faire la refondation, il faut qu’on protège les jeunes footballeurs. Comment le faire ? Je ne sais pas, car un joueur est indépendant, ce n’est pas un prisonnier…

Dans cette refondation, l’Union de Douala a-t-elle mis à contribution ses anciennes gloires ?

Aujourd’hui à l’Union de Douala, on a un comité provisoire de gestion et le vice-président est l’ancien capitaine Bep Solo. Il a même plus de chance que le président qui est Yaoundé, alors que lui, il est à Douala et voit tout

Vous n’êtes plus président de l’Union de Douala ?

Non, moi je suis maintenant président du conseil supérieur des sages de l’Union de Douala. Je ne suis plus président depuis 1982. J’ai démissionné le 30 octobre 1982. Aujourd’hui, nous avons un président général et le conseil supérieur des sages, qui choisit le président et qui l’amène au Congrès. Mais, il n’intervient que quand il y a des problèmes, pour l’orientation. S’il n’y pas de problème, elle reste en marge. Il peut donner souvent un peu d’argent, c’est obligatoire et c’est son rôle. C’est comme ça l’Union de Douala. Sinon, ailleurs il y a des problèmes, car le conseil supérieur des sages, fait souvent le bicéphalisme avec le président et parfois c’est source de conflits. Mais personnellement, je me dis que j’ai fait mon temps.

Le football des clubs est dominé par l’Afrique du Nord, notamment l’Égypte, la Tunisie, le Maroc ou encore l’Algérie. Avez-vous une explication à cela ?

Oh mon cher ami (il pousse un grand soupir), il faut distinguer les choses. Si les clubs d’Afrique du Nord dominent le football sur le continent, c’est parce que ce sont des équipes corporatives. Nous, nous sommes des amateurs. Si vous voyez les clubs au Maroc, en Algérie, en Égypte ou en Tunisie, ça n’a rien à avoir avec ce que l’on fait chez nous. Nous avons eu à affronter dans le passé les équipes algériennes de Tizi Ouzou et Mouloudia d’Alger, on a vu la différence. En Afrique Centrale et de l’Ouest, en dehors de TP Mazembe, qui est une équipe coopérative, il n ‘y a pas grand-chose derrière. Du fait qu’aujourd’hui on n’a pas assez de moyens, nos équipes sont devenues moyennes.

L’argent serait-il à l’origine des multiples crises du football camerounais ?

Jusqu’à une date récente, tous les patrons de la Fédération camerounaise de football étaient de grands messieurs, qui n’avaient pas besoin de voler les miettes. Aujourd’hui, certains sont affamés, parce qu’ il y a beaucoup d’argent que la CAF et la FIFA versent comme subvention. Malheureusement, certains volent cet argent pour construire des entreprises. Pourquoi les gens se battent ? Tout le monde n’est pas milliardaire comme Eto’o. Issa Hayatou, même s’il n’avait pas beaucoup de fonds, il était un homme intègre et ça je peux le témoigner.

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