Présidentielle ivoirienne : Charles Konan Banny accuse Alassane Ouattara de planifier des fraudes

ckb_2.jpg

L’ancien Premier ministre Charles Konan Banny a tenu une conférence de presse, ce mardi, pour dévoiler aux journalistes les preuves que plusieurs centaines de personnes sont inscrits en double sur la liste électorale ivoirienne. Il accuse Alassane Ouattara de vouloir frauder pour obtenir un nombre de voix important.

De notre envoyé spécial à Abidjan,

Charles Konan Banny avait affirmé dimanche à la télévision nationale que des « doublons biométriques » étaient affichés sur la liste électorale ivoirienne, soit des doubles inscriptions d’une même personne lui permettant éventuellement de voter deux fois. L’ancien Premier ministre a présenté les preuves de ses allégations devant la presse, ce mardi 20 octobre 2015, à son siège de campagne situé dans son domicile de Rivera IV à Abidjan.

Près de 794 cas de « doublons »

L’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) a indiqué avoir chargé des collaborateurs de vérifier le contenu de la liste électorale. Ils ont établi une liste « non-exhaustive » de 794 cas de double inscription d’une même personne à deux bureaux de vote différents, a-t-il précisé. Il accuse Alassane Ouattara de vouloir frauder en ayant fait enregistrer certains de ses partisans deux fois pour obtenir illégalement un nombre de voix important. Près de 6,3 millions d’Ivoiriens sont inscrits sur la liste électorale.

Lire sur le sujet : Côte d’Ivoire : pourquoi Charles Konan Banny maintient sa candidature

Premier ministre de 2005 à 2007 à la tête d’un gouvernement d’unité nationale, Charles Konan Banny a rappelé son rôle dans l’établissement de la liste électorale « consensuelle » établie pour l’élection présidentielle passée. Prévue en octobre 2006, elle s’est déroulée en octobre 2010.

ckb_2.jpg

Cette « impréparation jette le doute sur le système »

« L’existence de doublons entache la fiabilité de cette liste. (…) Il ne peut y avoir d’élection apaisée sans une liste électorale fiable », a-t-il insisté. Il a également déploré n’avoir eu accès à cette « liste confidentielle » que le 6 octobre dernier, après discussion avec la Commission électorale indépendante qui a d’abord refusé de la lui transmettre. L’institution avait justifié que ce cacique de la politique ivoirienne n’était pas candidat pour un parti politique mais indépendant.

L’annonce de l’utilisation de carte d’électeur biométrique, samedi dernier, une semaine avant le scrutin, n’est pas de nature à rassurer sur la crédibilité de cette liste, a-t-il encore affirmé, avant de poursuivre : cette « impréparation jette le doute sur le système » électoral.

Charles Konan Banny face aux critiques

Appelant une fois de plus le Président candidat Alassane Ouattara au dialogue, il a incité à « tirer les vraies leçons » de la guerre civile qui a éclaté à l’issue de la Présidentielle de 2010 en suivant la « voie de la discussion et du dialogue ». Charles Konan Banny a réaffirmé son attachement à vouloir « être dans le jeu pour se faire entendre ».

Lire sur le sujet : Côte d’Ivoire/Présidentielle : les atermoiements de l’opposition

A travers sa « campagne citoyenne », il est avant tout préoccupé par le « devoir de mémoire », a justifié Jean-Claude N’Da, membre de son équipe de campagne, au sujet de la faible visibilité de son candidat dans la campagne électorale ivoirienne.

Le maintien de sa candidature, malgré l’échec avoué de l’ouverture d’un dialogue avec le président de la République pour l’organisation d’une « élection transparente », est critiqué par les membres du FPI des « Gbagbo ou rien » rassemblé derrière Abou Drahamane Sangaré. Ils lui reprochent sa nomination comme candidat unique de la Coalition nationale pour le changement (CNC) dont ils sont également membres.

Lire sur le sujet : Ouverture de la campagne présidentielle ivoirienne sur fond de boycott

Les « querelleurs impénitents n’ont pas abdiqué » a rétorqué, ce mardi, Charles Konan Banny, avant d’ajouter : « ceux qui s’acharnent sur Charles Konan Banny sont les mêmes que ceux qui s’acharnaient, en 2010, sur Alassane Ouattara ».