Présidentielle en Guinée-Bissau : dans l’espoir de rompre la spirale de la violence

Le second tour de l’élection présidentielle de Guinée-Bissau oppose, ce dimanche, deux vieux routiers de la politique nationale : Malam Bacai Sanha (du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, au pouvoir) et Koumba Yalla (du Parti de la Rénovation Sociale, opposition). Ils ont fait de la lutte contre la violence et du développement les points forts de leurs programmes, dans un pays en quête profonde de stabilité.

Les deux candidats en lice pour le second tour de la présidentielle en Guinée-Bissau, Malam Bacai Sanha (PAIGC, ancien parti unique) et Koumba Yalla (PRS) promettent la fin des violences aux Bissau-guinéens. « Plus personne ne sera assassiné en Guinée-Bissau si je remporte l’élection présidentielle », a promis cette semaine le premier devant ses partisans. Quant au second, il s’est engagé à « mettre fin aux assassinats et aux tendances totalitaires du PAIGC » et de « changer les mentalités ».

En effet, la vie de l’ancienne colonie portugaise est, depuis son indépendance en 1974, rythmée par les coups d’Etat et les assassinats politiques. Le parcours des deux candidats reflète d’ailleurs cette instabilité chronique. Malam Bacai Sanha et Koumba Yalla ont déjà occupé le fauteuil présidentiel, mais brièvement. Le premier pendant l’exception « Mané », du nom du général Ansoumané Mané, le chef de la junte qui a déposé en 1999 le président Nino Vierra. Le second a été, lui, « démocratiquement » porté au pouvoir en 2002 après le règne de la junte, mais déchu en 2003 par le général Vérissimo Cebra, alors à la tête de l’armée nationale.

Le président élu ce dimanche succédera à Jaoa Bernardo « Nino » Vieira, assassiné le 2 mars 2009, quatre ans après son retour au pouvoir. Un meurtre attribué à des soldats mutins, mais que d’aucuns pensent lié au trafic de drogue organisé par les narcotrafiquants latino-américains en direction de l’Occident, et dont la Guinée-Bissau est une plaque tournante. Si Malam Bacai Sanha et Koumba Yalla ont mis l’accent durant leur campagne sur la fin des violences, c’est aussi parce que celle-ci conditionne le développement du pays. La Guinée-Bissau, troisième pays le plus pauvre du monde, est un repoussoir pour les investisseurs internationaux et ne peut s’appuyer que sur la production de noix de cajou dont la production assure officiellement 60 % du revenu national.

Promesses de changement

« J’exhorte donc tous mes compatriotes à se dresser comme un seul homme, afin de luter contre la pauvreté », a déclaré Malam Bacai Sanha, cette semaine, lors d’un meeting dans la région de Biombo, expliquant que la condition sine qua non de cette évolution était « la paix, la sécurité et la stabilité ». Quant à Koumba Yala, il a souligné pendant sa campagne que « les populations vivent dans l’insécurité totale, c’est pourquoi les étrangers ne peuvent pas ni investir ni vivre dans notre pays ». Promettant de lutter contre le trafic de drogue, il a rappelé que son programme « prévoit l’amélioration des infrastructures sanitaires et éducatives, mais aussi la construction d’universités dans toutes les régions du pays. »

Alors que la campagne d’avant le premier tour a été marquée par les assassinats par des militaires du candidat à la présidentielle Baciro Dabo (ancien ministre de l’Administration territoriale et proche de l’ex-président Vieira) et de Helder Proença (ancien ministre de la Défense), Cependant, celle de l’entre deux tours s’est déroulée sans incidents majeurs. Le président de la Commission nationale électorale (CNE), Desejado Lima Da Costa, a déclaré samedi que la Guinée-Bissau était « prête » pour un scrutin libre et démocratique. Le chef de la Mission des observateurs de l’Union européenne, Johan Van Hecke, a également assuré que « sur le plan et technique et logistique », tout était paré et qu’aucune plainte n’avait été enregistrée.

Au premier tour de l’élection, le 28 juin dernier, Malam Bacaï est arrivé en tête avec 39,59% des voix, devant Kumba Yala qui avait engrangé 29,42% des suffrages, et Henrique Rosa, 24 %. L’abstention s’était alors élevée à 40 % des quelque 600?000 inscrits, contre 28 % lors des législatives de 2008. Pour ce second tour, il est à redouter que l’abstention demeure élevée, d’autant plus que le démarrage de la saison des pluies ne facilite pas le déplacement de la population jusqu’aux bureaux de vote. La victoire dépendra en partie du report des voix des électeurs soutenant Henrique Rosa, lesquels seraient a priori plus enclin à soutenir Kumba Yala. Toutefois, dans un pays où l’armée a toujours pesé sur le déroulement de la vie politique, l’attitude qu’adoptera cette dernière reste fondamentale.