
Alors que le pétrole s’est envolé et que le Moyen-Orient s’est enfoncé dans la crise, l’or aurait dû jouer son rôle de valeur refuge. Pourtant, après une chute paradoxale, le métal jaune amorce un rebond ce mercredi 25 mars 2026. Entre domination du dollar et enjeux budgétaires en Afrique de l’Ouest, analyse d’un retournement de situation.
Le paradoxe du 25 mars : un rebond après la tempête
Pendant les premiers jours du conflit entre l’Iran et les États-Unis, l’or a surpris les analystes. Au lieu de grimper, il a aligné une dizaine de séances de baisse consécutives. En début de semaine, l’or a touché un plus bas de quatre mois à 4 097,99 dollars.
Le sursaut est arrivé ce mercredi, le cours spot a repris 1,6 % pour s’établir à 4 545,34 dollars l’once.
Mais le bilan provisoire reste très négatif, malgré ce rebond, le métal jaune reste en baisse de près de 17 % depuis le début de la guerre et de plus de 21 % par rapport à son pic de janvier.
Pourquoi l’or n’a-t-il pas servi de refuge immédiat ?
Le paradoxe n’est qu’apparent. En réalité, la guerre a provoqué une flambée des prix de l’énergie, nourrissant des craintes d’inflation durable. De plus, la domination du Dollar reste un souci. En effet, face à l’incertitude, les investisseurs ont privilégié le billet vert. Un dollar fort rend l’or (libellé en dollars) plus onéreux pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
La pression des taux est aussi un sujet. La peur d’une inflation énergétique a laissé présager que la Réserve fédérale américaine garderait des taux d’intérêt élevés plus longtemps. L’or, qui ne rapporte aucun coupon, perd de son attractivité face aux actifs rémunérés lorsque les taux stagnent au sommet.
Le signal de ce mercredi pour le marché de l’or avec un rebond s’explique par un reflux du dollar et une accalmie sur les prix du pétrole, réduisant la pression sur les anticipations de hausses de taux.
L’Afrique aurifère sous haute tension
Pour les grands producteurs du continent, cette volatilité est un enjeu de stabilité nationale.
L’état des lieux et les enjeux varient selon les pays :
- Ghana: Premier producteur du continent avec 6 millions d’onces en 2025. Le pays débat d’une hausse des royalties, mais un repli durable du cours réduirait la marge budgétaire d’Accra.
- Mali : Les recettes ont bondi de 52,5 % via le nouveau code minier, mais la production industrielle a chuté de 23 %. Bamako est donc extrêmement vulnérable à la moindre baisse des prix mondiaux.
- Burkina Faso : La stratégie de nationalisation des mines repose sur l’espoir d’une rente élevée. En cas de chute des cours, l’État s’expose à un effet de ciseaux financier dangereux.
- Afrique du Sud : Un secteur affaibli avec une production de 90 tonnes/an (contre 1 000 tonnes en 1970). La hausse de l’or offre de l’oxygène, mais ne règle pas les problèmes structurels.
Une rente suspendue aux nerfs des marchés
La vraie leçon de cet épisode est que l’or n’est pas une assurance mécanique contre la guerre. Sa fonction de refuge a simplement été retardée par la domination du facteur monétaire et du pétrole. Pour les pays africains, cela confirme une réalité : la richesse minière reste une puissance vulnérable aux retournements aussi rapides que brutaux.



