Pour les islamistes modérés, Bouteflika ne doit pas devenir l’otage d’un clan

Le parti islamiste modéré Mouvement de société de paix, MSP, ex-Hamas, minimise la situation sécuritaire en Algérie. Il veut voir, avant tout, le retour de la confiance parmi la population. Pour ce parti, le président Bouteflika a tous les atouts entre ses mains afin de sortir l’Algérie de la crise. Entretien avec le premier secrétaire du MSP, Abdelkrim Dahmane.

Afrik.com : Comment analysez-vous cette recrudescence de violence ?

Abdelkrim Dahmane : Je remarque que les Algériens reprennent goût à la vie. Je reviens de Baraki et de Badjarah (quartiers supposés être violents et fiefs islamistes, ndlr) et je peux vous dire que le peuple est vivant. Les gens ne sont plus cloisonnés chez eux. Ils sortent, ils vivent !

Afrik.com : On vous croit aisément, mais la presse algérienne a recensé près de 300 assassinats. C’est énorme !

A.D. : Effectivement, c’est énorme et je le déplore. Mais il faut relativiser les crimes terroristes. C’est les gens qui habitent en lisière des villes qui sont les plus touchés. Ces personnes isolées ne peuvent pas appeler à l’aide et les cantonnements des forces de sécurité sont souvent loin de ces lieux.

Afrik.com : Ces explications ne sont pas convaincantes. Elles ne peuvent pas expliquer, à elles seules, ces massacres ?

A.D. : Non, les phases de recrudescence des violences sont toujours en parallèle avec les phases d’attentisme du pouvoir. Mais il convient de signaler que les villes sont épargnés par ces actes terroristes condamnables. Il faut aussi mettre en relief les résultats de la loi sur la concorde civile. Il y a plusieurs terroristes qui ont déposé les armes.

Afrik.com : Cette loi ne convainc pas tout le monde. Plusieurs partis imputent cette violence à la  » concorde civile « . Ils disent que cette loi a permis la réorganisation des groupes armés.

A.D. : Je suis contre cette analyse. La concorde civile n’est pas une solution alternative à la paix. Elle est la solution ! Il faut qu’on arrive à occulter la haine, il faut réconcilier les Algériens. Le nombre de repentis est important même si tous les terroristes ne sont pas descendus du maquis. Il faut apprendre la paix à l’école.

Afrik.com : Que veut dire  » la phase d’attentisme  » du pouvoir ?

A.D. : La société subit les incompréhensions du pouvoir. Il y a une réelle cacophonie dans les centres de décision. Et le manque de cohésion gouvernementale n’est pas pour rassurer la population. La société est soumise aux hésitations des uns et des autres. Il faut que les autorités aient un langage clair. Et, surtout, uni.

Afrik.com : Pensez-vous que le président Bouteflika a les moyens de ramener la paix ?

A.D. : Il dispose d’une majorité écrasante au parlement. Et, il est le premier président à réussir à former une coalition gouvernementale ou presque toutes les sensibilités sont représentées. Il faut lui reconnaître ce mérite.

Afrik.com : Vous ne répondez pas entièrement à la question ?

A.D. : Vous auriez dû la formuler autrement. Est-ce que Bouteflika utilise tous les atouts dont il dispose ?

Afrik.com : Si vous voulez. Plus clairement, a-t-il les moyens de sa politique ?

A.D. : Il ne faut pas qu’il devienne otage d’un clan quelconque. Il est le président de tous les Algériens. Les véritables acteurs doivent être reconnus. Tous les partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite, doivent participer à la reconstruction de l’Algérie.

Afrik.com : Qui sont ces véritables acteurs ?

A.D. : Les partis politiques et les centres de décision.

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