Bouteflika est un président-ministre des Affaires étrangères, affirme le FFS

Le secrétaire général du Front des forces socialistes (FFS), Ali Kerboua, impute la situation actuelle aux militaires algériens. Le parti d’Aït Ahmed préconise un retour au dialogue. De toutes les composantes politiques. La solution de la crise, selon le FFS, se trouve dans une assemblée constituante.

Afrik.com : Comment expliquez-vous ce regain de violence, cette série de massacres aussi horribles les uns que les autres ?

Ali Kerboua : C’est la conséquence de la concorde civile. Le régime a amnistié des assassins. Cette loi est un accord militaire conclu entre les terroristes et les militaires. Cela a créé une classe amnistiante de repentis. Un soutien pour les islamistes.

Afrik.com : Cela n’explique pas ce déferlement de violence.

A.K. : Si, les terroristes ont eu le temps de se réorganiser. Et puis, il y a une volonté claire du pouvoir de laisser cette violence s’exprimer.

Afrik.com : On nage dans la politique-fiction. Quel est l’intérêt du pouvoir de laisser pourrir la situation ?

A.K. : Sa pérennité. Les militaires sont en place et ils entendent y rester. La violence est utilisée pour occulter les solutions. Elle est un moyen de gouverner. Les militaires sont responsables directement et indirectement de cette violence. C’est les démocrates, et non les islamistes, qui sont les véritables adversaires du pouvoir.

Afrik.com : Justement, on ne les entend pas beaucoup. On a l’impression qu’il y a le pouvoir d’un côté et les islamistes de l’autre.

A.K. : On oublie souvent que le pouvoir avait favorisé les islamistes au détriment des démocrates. Il a voulu briser les démocrates en nourrissant les islamistes. Ces derniers en ont profité et se sont retournés contre lui.

Afrik.com : Quelle est la place des partis démocratiques ?

A.K. : Les militaires ont confisqué la volonté populaire. Le champ médiatique nous est totalement fermé. Nous vivons sous l’Etat d’urgence. C’est un régime dictatorial, militaire !

Afrik.com : Pourtant plusieurs partis sont représentés au gouvernement ?

A.K : Je n’appelle pas cette coalition démocratie. C’est un regroupement autour d’intérêts communs. Les militaires ont lancé un appel des troupes et leurs relais se sont empressés de répondre à cet appel. Ces partis n’ont aucune autonomie.

Afrik.com : Le président Bouteflika a-t-il les moyens de sa politique ?

A.K. : Il n’a aucun moyen pour quoi que ce soit. Les militaires l’ont amené pour qu’il serve de couverture juridique à la concorde civile et pour réhabiliter l’image de l’Algérie. Il n’est pas président mais ministre des Affaires étrangères. Il connaît très bien les lignes rouges, délimitées par les militaires, à ne pas franchir.

Afrik.com : Voyez-vous une sortie de crise, s’il y en a une ?

A.K. : Il faut que tous les partis se mettent autour d’une table. Il faut mettre des balises démocratiques et ouvrir un dialogue. Nous préconisons une période de transition pour arriver à une assemblée constituante.

Afrik.com : Le retour d’Aït Ahmed est-il envisagé ?

A.K. : Il peut se faire à tout moment. Pour l’instant, sa présence est inutile.

Retrouvez notre interview d’un chercheur universitaire sur les ressorts politiques actuels de la violence en Algérie (19 décembre 2000)