Ouganda : Amnesty International alerte sur une dérive autoritaire avant les élections


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Yoweri Museveni
Yoweri Museveni

À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 15 janvier 2026, le climat politique se tend dangereusement en Ouganda. Dans un rapport alarmant, Amnesty International dénonce une répression systématique de l’opposition, marquée par des arrestations arbitraires, des violences policières et des restrictions des libertés numériques. La campagne cible principalement les partisans de Bobi Wine, principal rival du président sortant Yoweri Museveni.

À l’approche du prochain scrutin présidentiel prévu le 15 janvier 2026, le climat politique s’alourdit considérablement en Ouganda. Dans un rapport accablant, l’ONG Amnesty International dénonce une campagne brutale menée par les forces de sécurité contre l’opposition. Entre arrestations arbitraires, actes de torture et restrictions technologiques, le climat politique ougandais semble se figer, rappelant les heures sombres des précédentes échéances électorales.

La traque systématique des partisans de Bobi Wine

Le principal visage de cette contestation est Robert Kyagulanyi, plus connu sous son nom de scène Bobi Wine. Le chanteur de 43 ans, leader de la Plateforme d’unité nationale (NUP), affronte une nouvelle fois le président sortant Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis 1986. Selon Amnesty International, les rassemblements de la NUP font l’objet d’un usage excessif de la force.

L’ONG affirme avoir réuni des preuves de passages à tabac et d’utilisations abusives de gaz lacrymogènes. Le bilan humain s’alourdit déjà : un membre du parti a été tué par la police fin novembre, et environ 400 sympathisants ont été interpellés ces derniers mois sous des motifs souvent contestés d’incitation à la violence.

L’Internet et les réseaux sociaux dans le viseur du pouvoir

Au-delà des affrontements physiques, la bataille se joue également sur le terrain de l’information. Le souvenir de la coupure totale d’Internet lors du scrutin de 2021 hante les esprits. Les autorités ougandaises ont récemment durci le ton en interdisant la diffusion en direct d’émeutes ou de « processions illégales », une mesure qui, selon le ministère de l’Information, vise à éviter la panique.

Parallèlement, l’accès au système Starlink a été restreint, poussant Bobi Wine à interpeller directement Elon Musk sur les réseaux sociaux. Si le gouvernement nie toute intention de couper le réseau le jour du vote, le verrouillage progressif des outils de communication inquiète les observateurs qui y voient une volonté d’étouffer les preuves d’éventuelles irrégularités.

Une stratégie de « neutralisation » des figures de l’opposition

La pression ne cible pas uniquement les militants de base. Les figures de proue de la contestation sont neutralisées les unes après les autres. Kizza Besigye, opposant historique, demeure en détention sous le coup d’accusations de trahison qu’il rejette fermement.

Pour Tigere Chagutah, porte-parole d’Amnesty International, cette « campagne brutale » rend pratiquement impossible l’exercice des droits fondamentaux de réunion et d’association. De son côté, la police justifie ses interventions par des actes de vandalisme et des agressions contre les agents de l’ordre, une version des faits systématiquement balayée par les organisations de défense des droits humains.

Museveni face au défi d’une longévité contestée

Arrivé au pouvoir par les armes il y a quatre décennies, Yoweri Museveni est aujourd’hui l’un des doyens des chefs d’État africains. Face à lui, une jeunesse ougandaise galvanisée par Bobi Wine réclame un changement de paradigme. En 2021, la période électorale s’était soldée par la mort de plus de 50 personnes. Alors que le scrutin du 15 janvier approche, la question n’est plus seulement de savoir qui sortira vainqueur des urnes, mais si le pays pourra éviter un nouveau bain de sang face à une opposition qui refuse de se laisser réduire au silence.

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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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