Oraisons funèbres pour CFI TV

CFI TV est menacée de fermeture. Même si rien n’est officiel, la chaîne serait en train de vivre ses derniers jours. Réactions à chaud d’acteurs culturels africains sur la disparition probable du média.

CFI TV va-t-elle disparaître ? Bruits de couloir, rumeurs, de plus en plus de monde parle de l’arrêt programmé de la chaîne publique internationale française pour la fin de l’année. « Nous ne communiquerons là-dessus qu’en décembre », explique-t-on au sein d’une direction de Canal France International, tenue actuellement par un devoir de réserve. La Direction de l’audiovisuel extérieur (ministère des Affaires étrangères) n’a, pour sa part, pas souhaité s’exprimer sur le sujet. A France Télévision, actionnaire majoritaire de CFI, on prétend ne pas avoir d’informations sur le sujet. Mais la menace semble bien réelle. Réactions.

 Ferréol Gassackys, commissaire général du Festival panafricain de musique 2003 (Fespam)

Je déplore cette mesure si elle venait à être effective. Tout le monde connaît l’impact de la chaîne en Afrique qui reste plus regardée que TV5. Avec la disparition de CFI, c’est tout un réseau de diffusion internationale qui disparaît. Sans elle, nos festivals, nos événements connaîtront un problème d’exposition et de rayonnement parce que nous ne raisonnerons plus qu’à une échelle nationale. L’impact médiatique continental de la chaîne est très important. Et puis CFI est accessible comme les chaînes nationale au Congo. Pas besoin d’avoir le câble ou le satellite que tout le monde ne peut pas se payer.

 Alphadi, styliste nigérien, créateur du Festival international de la mode africaine (Fima)

Je suis outré de la disparition programmée de CFI. Ce n’est pas normal. Nous avons besoin de la chaîne pour nous aider à grandir. Il s’agit d’un outil très important pour les créateurs et les acteurs culturels du continent. D’un outil de promotion extraordinaire pour l’Afrique. Je compte d’ailleurs en parler au Président français Jacques Chirac lors de sa visite au Niger. Il s’agit d’un camouflet pour l’Afrique. Il restera certes TV5 mais ce n’est pas pareil. CFI a pratiquement été créée pour le continent.

 Imane Ayissi, styliste, mannequin, danseur camerounais

Il serait dommage qu’une chaîne comme CFI disparaisse. Après la disparition de MCM Africa, c’est encore un média international de moins pour l’Afrique. Il ne restera plus désormais que TV5. Mais à bien y réfléchir, je trouve qu’il est temps que les Africains prennent les choses en main. La mort annoncée de CFI devrait nous ouvrir les yeux pour que nous nous mettions à développer notre propre chaîne panafricaine. Il y a beaucoup de chaînes africaines qui ont du talent, il faudrait que l’on puisse créer des synergies. Les compétences sont là, elles existent. A nous de ne pas nous sous estimer. Mais le fait est qu’entre nous il y a trop de médisance. Il est temps que nous dépassions tout ça.

 Anaïs Marcourel, ancienne responsable promotion de MCM Africa, MCM International et MCM 2

La fin de CFI serait triste. Ce serait encore un moyen de communication et d’information qui disparaîtrait pour l’Afrique. CFI est une véritable institution. Elle offre l’opportunité de légitimer un événement culturel car elle permet une diffusion sur l’ensemble du continent. Et il n’existe aucun média qui puisse à l’heure actuelle avoir une aussi bonne couverture que CFI. Il ne restera plus que TV5. Et puis c’est une chaîne financée par le gouvernement français, donc une chaîne de service public, donc garante d’une certaine qualité dans la ligne éditoriale. La mort de la chaîne serait dangereuse pour la liberté et le droit à l’information.

 Meiway, chanteur ivoirien

La menace de la disparition de CFI m’inspire un profond sentiment d’inquiétude. Je sais que la crise mondiale pousse beaucoup d’entreprises à mettre la clé sous la porte, mais j’espère que ce ne sera pas le cas pour CFI TV. CFI nous a rendu service, mais si la France estime qu’il faut éliminer CFI TV, c’est peut-être parce qu’elle pense qu’elle ne rapporte pas assez. Qu’on arrête un peu de compter sur les autres. A toute chose malheur est bon. Il est grand temps qu’on se prenne en charge. Il faudrait que nos chefs d’Etat prennent la décision politique de créer des banques d’images, pour faire notre CFI à l’africaine. Nous pourrions ainsi proposer ces images aux chaînes du monde entier. L’Afrique a 40 ans d’indépendance, on est adulte, qu’on cesse de réclamer de l’argent de poche. Nous avons les moyens de le faire, avec tous ces jeunes qui ont appris à l’extérieur… Il faut une décision politique et pour le financer, si on le veut vraiment, nous pourrons le faire.

 Joseph Andjou, producteur et présentateur du journal i-Afrique de i-Télévision (groupe Canal Plus)

Il y a deux niveaux de lecture dans la disparition éventuelle de CFI. Au même titre que TV5 et RFO, la chaîne doit disparaître pour laisser la place au projet de CNN à la française initiée par France Télévision. C’est une volonté politique. De l’autre côté, la fin de CFI est à rapprocher de la fin de MCM Africa. Des chaînes à vocation africaine qui ne correspondent pas vraiment aux attentes du public africain. La fin de CFI ne me fera pas pleurer. Car la chaîne ne s’est jamais donnée les moyens de ses ambitions.