Et Dieu créa… Imane Ayissi

Imane Ayissi est danseur, mannequin et styliste. Il est Camerounais. Son corps semble sculpté dans l’ébène, et son esprit pense droit. Portrait d’un extraterrestre.

Imane Ayissi a la souplesse féline que lui ont donnée ses années de danse et la franchise de ceux que la vie n’a pas toujours gâté. Débarqué en France de son Cameroun natal en 1991, il connaît les années de galère, travaille pour payer ses premières photos, n’aura ses papiers qu’en 1996. Cet enfant du pays né en 1968 d’un père boxeur, champion d’Afrique des poids moyens, et d’une mère élue Miss Cameroun – la première de l’indépendance -, est un ancien danseur du Ballet National du Cameroun. En Europe, il travaille avec les grands noms de la chanson antillaise, donne des cours de danse, chorégraphie ses propres spectacles.

En parallèle, Imane exerce le métier de mannequin. En 1999 il est choisi pour une série de photos sur lesquelles il porte les bijoux des créateurs de la Place Vendôme. Il vient de récidiver il y a deux jours avec une série sur les bijoux les plus chers du monde. C’est le seul mannequin noir à qui l’on ait proposé ce genre de chose. Pourquoi ? Il ne le sait pas vraiment lui-même et préfère se dissimuler derrière un sourire.  » J’ai beaucoup travaillé pour en arriver là. On ne m’a pas découvert, j’ai dû me payer moi-même mon premier book. J’ai tout fait tout seul.  » Il est franc :  » Il faut dire les choses telles qu’elles sont. J’ai vécu des choses très dures ici et il faut que ceux qui rêvent de venir en France sachent comment ça se passe.  »

Histoires de mode

Imane Ayissi en est à sa sixième collection en tant que styliste.  » J’ai commencé à dessiner très tôt. Je coupais des torchons, j’assemblais des tissus. Ma tante m’a offert une machine à coudre et j’ai fait des robes pour ma mère et ma soeur. J’ai appris sur le tas, je n’ai pas fait d’école de stylisme.  » Là encore, le chemin est ardu.  » Depuis 10 ans que je travaille au niveau international, cela fait seulement 5 cinq ans que j’ai du succès.  »

Imaginatif, il a besoin de trouver un fil conducteur pour chacune de ses collections :  » Lorsque je créé des vêtements, j’aime raconter une histoire, mélanger le mouvement, la danse. J’aime la mise en scène. Dans ma collection de l’année dernière  » La traversée du 3ème millénaire « , je racontais l’évolution des tissus et celle des hommes.  »

Quant à son inspiration, elle vient  » des femmes, de la vie de tous les jours, des robes et des sacs de ma grand-mère. L’Afrique est une source de richesse pour moi, mais je ne veux pas imposer ma culture. J’ai choisi de vivre ici parce que les gens me comprennent mieux qu’en Afrique, mais on ne peut pas imposer aux gens notre culture. C’est ce que les créateurs africains ne comprennent pas généralement. Ils surchargent leurs vêtements. Et ils ont alors cette étiquette de  » mode africaine « . On dit : c’est joli mais sur une Noire seulement. Moi je veux que tout le monde porte mes vêtements sans avoir l’impression d’être déguisé « . Il oeuvre ainsi pour l’intégration :  » On doit garder sa culture, mais il faut s’adapter. Se dire qu’on ne peut pas vivre ici comme on vit au Cameroun.  »

Modèles uniques

Imane préfère donc la subtilité, l’Afrique se trouvant dans les formes, les matières. Il mélange ainsi des modèles très européens avec des bijoux africains. Les femmes qui portent ses vêtements sont  » assez chics, coquettes, Africaines ou Européennes. Et surtout, elles veulent un modèle unique. Je ne fais jamais de double « .

Imane Ayissi se voit un peu comme un  » grand-frère  » pour les jeunes stylistes qui suivront :  » Je prépare le terrain pour les autres.  » Défricheur et créatif, il créé une mode chatoyante et originale. Pour sa dernière collection,  » Les caprices de Badjaga  » les sorcières étaient au rendez-vous. Un esprit très couture, avec des silhouettes longilignes terminées par des tissus chiffonnés pour une petite touche  » infernale « . Entre ange et démon, les créations d’Imane Ayissi ont du génie, un point c’est tout.