Les vérités du Fespam

Ferréol Gassackys, commisaire-général du Fespam 2003

Nouvelle équipe, nouvelles ambitions, le Festival panafricain de musique 2003 fait peau neuve. Au-delà des polémiques, Ferréol Gassackys, le commissaire général de l’événement, revient sur les rouages de la grande biennale congolaise dont seuls lui importent les résultats. Interview.

Le Congo sera la capitale de la musique africaine du 2 au 7 août prochains. Le quatrième Festival panafricain de musique (Fespam) s’ouvrira sous le thème « Itinéraire et convergence des musiques traditionnelles et modernes d’Afrique ». Débarquée en cours de route et après deux Fespam, l’ancienne équipe a tardivement fait place à une nouvelle dont Ferréol Gassackys est le commissaire-général. L’édition 2003* s’est également allouée les services du Béninois Ernest Adjovi (l’organisateur des Kora) pour que l’événement soit une réussite. Un choix qui suscite beaucoup de commentaires. Le commissaire-général refuse d’entrer dans de telles polémiques et reste sereinement focalisé sur le bon déroulement de la biennale.

Afrik : L’ancienne équipe de direction du festival a été remerciée à moins de six mois de l’événement, pourquoi ?

Ferréol Gassackys : L’ancienne équipe s’est occupée des deux dernières éditions (1999 et 2001, ndlr). Il y a eu beaucoup d’attentes et d’ambitions déçues. L’Union africaine et l’Unesco, qui sont partenaires du Fespam, espéraient par exemple la mise en place de certaines infrastructures tel que le Musaf (marché de la musique africaine, ndlr). Après six ans, les autorités ont voulu une autre dynamique. D’autant qu’une nouvelle équipe gouvernementale a été nommée l’année dernière.

Afrik : De l’extérieur, on a l’impression qu’il y a un certain flou dans l’organisation du festival. Qui fait quoi exactement ?

Ferréol Gassackys : L’organe prépondérant est le comité de direction, qui a le pouvoir de décision et qui donne l’impulsion. Comité à la tête duquel il y a le ministre congolais de la Culture, Jean-Claude Gakosso, le vice-président étant son homologue de Kinshasa (RDC, ndlr). Comité qui comprend également un membre de l’Union africaine, un de l’Unesco, un du Centre international des civilisations bantous et un du Centre international de la musique. Le commissariat- général, que je dirige, est chargé d’exécuter la politique choisie.

Afrik : Comment s’inscrit la présence d’Ernest Adjovi dans ce schéma ?

Ferréol Gassackys : Monsieur Adjovi est un prestataire de services. Il est chargé avec son équipe de gérer le son et la lumière, les équipements, la post-production et, conjointement avec le commissariat-général, la recherche d’artistes.

Afrik : Il semblerait qu’il ait été engagé pour les éditions 2003 et 2005 ?

Ferréol Gassackys : C’est vrai qu’il vient avec une certaine expérience (les Kora et Miss Malaïka, ndlr) et qu’il a posé comme condition pour venir au Fespam de travailler sur deux ou trois éditions. Mais les autorités ont décidé d’appliquer le wait and see (attendre et voir) pour juger sur les résultats de l’édition 2003 et reconduire la cas échéant son contrat en 2005.

Afrik : Il y a de nombreuses polémiques autours de Monsieur Adjovi. Certains lui reprochent de vouloir tirer la couverture à lui, le fait qu’on ait confié à non-Congolais une partie de l’organisation du Fespam, et ses cachets jugés exorbitants. Qu’en pensez-vous ?

Ferréol Gassackys : Le Fespam est un événement panafricain qui a besoin du concours de tous. Reste que le festival est financé à 98% par l’Etat congolais. Donc, l’argent du contribuable. Il n’est pas étonnant que certaines personnes grincent des dents quant Monsieur Adjovi annonce le montant de ses honoraires (près d’1 milliard de F CFA, sur les 2,6 milliards du budget global, ndlr). A tort ou à raison, elles ont l’impression qu’il est trop exigeant. Beaucoup de gens ont du mal à joindre les deux bouts au Congo et l’étalage d’une telle opulence irrite. Pour le reste, même s’il y a une certaine exagération autour du rôle de Monsieur Adjovi, il faut rappeler qu’il reste avant tout un prestataire de service.

Afrik : Le fait que l’on place souvent Ernest Adjovi sur le devant de la scène ne menace-t-il pas la légitimité du commissariat-général ?

Ferréol Gassackys : Le Fespam est une opportunité pour toute la sous-région, je ne crois pas qu’il faille s’arrêter à ce genre de petit conflit. La règle numéro un est pour moi l’humilité. Le plus important est le résultat. Il est totalement faux et déplacé de sous entendre que le commissariat-général ne sert à rien. Nous avons réalisé un énorme travail de communication autour du festival. Outre le fait que nous avons participé activement à la programmation artistique, nous avons également pris en charge les relations avec les autres gouvernements. Tous les Etats africains sont appelés à envoyer une délégation et la majeure partie d’entre eux ont répondu présents. Le Musaf, les ateliers, les symposiums et les expositions d’instruments de musique sont entièrement à notre charge.

Afrik : De nombreuses questions se posaient quant aux capacités d’hébergement pour les festivaliers, qu’en est-il aujourd’hui ?

Ferréol Gassackys : Le problème est réglé. Nous avons loué tous les hôtels de Brazzaville plus une cinquantaine de villas. C’est assez pour accueillir le millier de personnes que nous attendons pour l’événement.

Afrik : C’est Air Afrique qui assurait jusque là le transport des festivaliers. Avec la disparition de la compagnie, comment avez-vous fait cette année ?

Ferréol Gassackys : Nous avons négocié des tarifs préférentiels avec de nombreuses compagnies, telles que Air Gabon, Cameroun Airlines, Inter Air (Afrique du Sud, ndlr), Ethiopia Air, Air France et la nouvelle compagnie congolaise Congo Airways.

*Il y aura, entre autres, Manu Dibango, Youssou n’Dour, Brenda Fassie, Tiken Jah, Femi Kuti, Afia Mala, Oumou Sangaré, Magic System, Jocelyne Labylle, Corneille, Aurlus Mabélé, Koffi Olomidé, Werra Son, Grâce Decca, Pierrette Adams, Makoma, Oren’tchy, Bonga, Petit Pays.

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