Optimisme prudent au Togo à l’approche des élections législatives

Si les élections législatives togolaises qui doivent avoir lieu le 14 octobre se déroulent sans incident et aboutissent à un résultat crédible, le pays pourrait commencer à tourner la page sur son passé tumultueux et regagner les faveurs de la communauté internationale.

« Le Togo a été privé d’aide pendant 15 ans », a expliqué à IRIN Charles Kondi Agba, ministre de la Santé et candidat sous l’étiquette du parti majoritaire au sein de l’Assemblée monocamérale togolaise. « Aujourd’hui, c’est le dénuement total, le budget de l’Etat suffit à peine à payer ce qui existe ». Des élections législatives transparentes et démocratiques « pourraient anticiper la reprise pleine et entière de [la] coopération [de l’Union européenne] avec le Togo », selon Joao Melo de Sampaio, directeur par intérim de la délégation de l’Union européenne – autrefois principal bailleur de fonds du pays – au Togo.

A l’approche des élections, au moment de la constitution des listes électorales et du lancement des campagnes politiques, les observateurs ont évoqué le sérieux « encourageant » du processus, dans le cadre duquel près de 2 200 candidats se disputeront les 81 sièges parlementaires.

« Les partis politiques ont mis de l’eau dans leur vin », a expliqué à IRIN Yacoubou Hamadou, président de la Ligue togolaise des droits humains. « Ils sont tous conscients des enjeux, la population aussi, et il n’y a pas un parti qui voudrait être responsable d’un échec ».

Selon les observateurs, la société civile et de nombreux citoyens semblaient également reconnaître l’importance d’un scrutin juste, qui se déroule dans le calme.

« On veut seulement travailler et trouver à manger, mais il n’y a rien », a résumé un jeune chauffeur de mototaxis, un moyen de transport omniprésent, à Lomé, la capitale, ajoutant qu’il irait voter « pour que les élections soient crédibles ».

Déficit démocratique

L’ancien président Gnassingbé Eyadéma, qui avait pris le pouvoir à la suite du coup d’Etat de 1967, a gouverné le Togo jusqu’à sa mort, en 2005, réduisant au silence la société civile et l’opposition tout en s’accrochant au pouvoir par le biais d’élections controversées. L’Union européenne a rompu les liens avec le pays en 1993 pour cause de « déficit démocratique ».

Après le décès d’Eyadéma, l’armée a installé son fils, Faure Gnassingbé, à la présidence. Mais la communauté internationale ayant condamné cette succession, le chef d’Etat nommé a accepté de se retirer et d’organiser des élections, qu’il a remportées ; pourtant, le processus, entaché d’irrégularités, a donné lieu à des affrontements au cours desquels des centaines de personnes ont trouvé la mort.

« Le Togo, qui a été traité comme un Etat paria, doit aujourd’hui sortir de cette ombre », a indiqué Chris Fomunyoh, de l’Institut national démocratique des affaires internationales, depuis Washington. « Il doit être pris au sérieux ».

Si l’Union européenne a commencé à financer plusieurs projets au début de l’année, la communauté internationale surveille les élections prochaines, qu’elle considère comme la première épreuve majeure du gouvernement.

Vigilance

A l’heure où quelque 3 500 observateurs nationaux et internationaux arrivent au Togo pour les élections – près d’un pour 1 000 électeurs inscrits – les analystes évoquent déjà un période préélectorale marquée par un consensus sur les nouvelles listes électorales et par la participation des partis d’opposition.

Dans un communiqué publié le 9 octobre, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a félicité le gouvernement togolais pour son « sens des responsabilités au cours du processus électoral ». Un analyste politique a même qualifié l’ambiance actuelle dans le pays de « miraculeuse, compte tenu de l’histoire du pays ».

Pourtant, selon bon nombre de personnes, la situation reste précaire et le passé politique du Togo’s est trop trouble pour pouvoir penser, au vu des signes positifs actuels, que le pays a réellement tourné la page.

« Nous ne devons pas nous endormir sur les avancées, et qu’il n’y ait pas de résultat à l’arrivée », a déclaré M. Hamadou, de l’association de défense des droits humains. « Nous restons très vigilants, pour l’instant on peut donner une mention ‘assez bien’ mais sûrement pas encore ‘très bien’ ».

Les fantômes des violences passées

Les violations des droits humains commises au cours des affrontements qui ont suivi les élections controversées de 2005 n’ont pas été sanctionnées. Selon les Nations Unies, entre 400 et 500 civils ont trouvé la mort au cours de ces manifestations qui ont duré plusieurs semaines, et se sont accompagnées de mesures de répression de la part des forces de sécurité. Des dizaines de milliers de personnes ont fui le pays.

Pour les défenseurs des droits humains comme pour les citoyens togolais, l’impunité est inacceptable.

« Nous ne pouvons pas oublier ces crimes horribles », a déclaré M. Hamadou. « Il faut qu’ils [les auteurs des violences] soient jugés, même si le pardon leur est ensuite accordé ».

Malgré tout, à en croire certains responsables du gouvernement, poursuivre les responsables risquerait de mettre en péril la stabilité précaire du Togo ; bon nombre de Togolais restent d’ailleurs préoccupés à ce sujet.

« On ne veut plus de désordre, on ne veut plus avoir encore des bagarres », a expliqué un autre chauffeur de mototaxi. « Ce que nous voulons, c’est la sécurité ».

Photo : Joel Gbagba/IRIN