
L’Autorité ghanéenne de cybersécurité (CSA) conteste la présentation faite par le directeur du FBI, Kash Patel, d’une opération contre des réseaux présumés de cybercriminalité au Ghana. Dans un communiqué publié le 8 octobre 2026, l’autorité ghanéenne affirme avoir conçu, coordonné et exécuté l’opération, avec l’appui de plusieurs partenaires internationaux. Elle rappelle également que les forces de l’ordre étrangères ne peuvent pas exercer de pouvoirs de police de manière autonome sur le territoire national.
La polémique est née d’une publication de Kash Patel sur le réseau social X. Le patron du FBI y présentait l’intervention menée au Ghana comme une opération qui s’inscrit dans la campagne mondiale « Opération Blackout », destinée à démanteler des centres d’escroquerie. Selon les chiffres qu’il a avancés, l’opération aurait permis d’identifier près de 10 millions de dollars de pertes, de recenser 89 victimes, d’arrêter ou de placer en détention plus de 130 personnes et de saisir plus de 300 appareils électroniques.
L’Autorité ghanéenne de cybersécurité (CSA) rejette toutefois toute présentation de l’intervention comme une opération conçue, commandée ou exécutée indépendamment par le FBI. Selon elle, l’opération, également appelée « Cyber Hunt », a été planifiée, coordonnée et menée sous l’autorité des institutions ghanéennes, dans le respect du cadre juridique et institutionnel du pays.
Pour Accra, il ne s’agit donc pas d’une opération placée sous le commandement opérationnel américain, mais d’une intervention ghanéenne menée avec une coopération internationale.
Le Ghana rappelle les limites des pouvoirs du FBI
Dans son communiqué, la CSA insiste sur la souveraineté du Ghana et sur les prérogatives de ses institutions. « Le Ghana est une République souveraine régie par sa Constitution et ses lois », rappelle l’autorité, qui souligne que les agences étrangères ne disposent d’aucune autorité indépendante pour exercer des pouvoirs de police ou procéder à des arrestations sur le territoire ghanéen.
La participation de services étrangers doit, selon elle, s’inscrire dans le cadre d’une coopération légale et se faire avec l’autorisation et l’implication des autorités ghanéennes compétentes.
L’opération a mobilisé plusieurs institutions nationales, dont le Conseil national de sécurité, le Département des enquêtes criminelles de la police ghanéenne, le Service d’immigration et le bureau du procureur général. Des partenaires étrangers ont également participé à l’intervention, notamment le FBI, l’Agence nationale britannique de lutte contre la criminalité (NCA) et la Commission nigériane des crimes économiques et financiers (EFCC).
Huit suspects arrêtés et 120 personnes secourues
Au-delà de la controverse sur la conduite de l’opération, les autorités ghanéennes font état de résultats concrets. Selon les informations publiées par la presse locale à partir du communiqué de la CSA, l’intervention a permis l’arrestation de huit suspects et le sauvetage de 120 personnes soupçonnées d’avoir été victimes de traite et d’exploitation dans des activités de fraude en ligne.
Les opérations ont visé des lieux situés dans la région du Grand Accra, où des appartements auraient servi de bases à des activités de cybercriminalité organisée, notamment des escroqueries sentimentales. Les enquêteurs ont saisi 136 téléphones portables, 130 ordinateurs portables, des équipements de connexion à Internet et quatre véhicules. Des bijoux et dix passeports nigérians ont également été retrouvés.
Les autorités poursuivent les investigations sur les suspects et les équipements saisis. Des dispositions seraient également en cours pour le rapatriement des personnes secourues, dont la majorité serait de nationalité nigériane.
Une coopération internationale sous condition
Si la CSA conteste la présentation de l’opération par le FBI, elle ne remet pas en cause l’utilité de la coopération internationale. Elle reconnaît les contributions en matière de renseignement du FBI et de l’agence britannique NCA dans la lutte contre les réseaux criminels transnationaux.
L’autorité ghanéenne demande toutefois que le rôle de chaque institution soit présenté avec exactitude. Elle appelle le FBI à clarifier sa communication publique et à reconnaître la contribution des organismes ghanéens et des autres partenaires impliqués dans l’opération.




