Nigeria : à Lagos, les expulsés des bidonvilles réclament réparation après des démolitions massives


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Le bidonville de Makoko
Le bidonville de Makoko

À Lagos, les expulsions massives de bidonvilles plongent des milliers de familles dans une extrême précarité. À Makoko et dans plusieurs quartiers informels, maisons, écoles et lieux de culte ont été rasés sans préavis. Face à l’absence de relogement et de compensation, les habitants dénoncent une opération brutale et opaque.

Les autorités, elles, invoquent des impératifs de sécurité et d’urbanisme, vivement contestés par la société civile.

Des manifestations dispersées par la police

Mercredi 28 janvier, des résidents déplacés de plusieurs bidonvilles de Lagos ont manifesté pour protester contre la destruction de leurs habitations. Rassemblés près d’un axe routier stratégique, ils ont dénoncé l’absence d’indemnisation et de solutions de relogement après les démolitions menées par les autorités de l’État. La mobilisation a été dispersée par la police après le blocage partiel de la circulation, les forces de l’ordre ayant fait usage de gaz lacrymogène pour contraindre les manifestants à se disperser, selon plusieurs sources concordantes.

Makoko, symbole d’une crise urbaine

Le bidonville de Makoko est devenu l’emblème de cette vague de déguerpissements. Situé en bordure de la lagune, ce quartier informel, souvent surnommé la « Venise de Lagos », abritait plusieurs centaines de milliers de personnes, majoritairement des pêcheurs. Depuis le mois de décembre, des bulldozers escortés par les forces de sécurité ont détruit des milliers d’habitations en bois, ainsi que des écoles et des lieux de culte. Cette démolition a provoqué le déplacement de dizaines, voire de centaines de milliers de personnes, selon les organisations de la société civile. Plusieurs décès sont également évoqués lors des interventions les plus violentes.

Des justifications officielles vivement contestées

Les autorités de l’État de Lagos assurent que ces démolitions s’inscrivent dans le cadre du respect des règles d’urbanisme et de la prévention des risques environnementaux, notamment à proximité des lignes à haute tension et des zones exposées aux inondations. Ces arguments sont toutefois contestés par les ONG, qui estiment que les destructions ont largement dépassé les périmètres officiellement concernés et dénoncent des opérations menées sans préavis ni plan de relogement, dans un contexte de fortes pressions foncières.

Une métropole sous tension

Avec plus de 22 millions d’habitants, Lagos est l’une des métropoles les plus peuplées d’Afrique. La croissance rapide de sa population accentue la crise du logement, contraignant des millions de personnes à vivre dans des quartiers précaires, particulièrement vulnérables aux inondations et aux catastrophes environnementales. Dans ce contexte, les déguerpissements répétés mettent en lumière les profondes inégalités sociales qui traversent la capitale économique du Nigeria, tandis que les populations déplacées réclament indemnisation et accès à un relogement digne.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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