
En avril, le chef de la garde communautaire du Zamfara affirmait publiquement que Bindin, dans le nord-ouest du Nigeria, était passé sous le contrôle des bandits. Six mois plus tard, les 5 et 6 octobre, des hommes armés y ont attaqué un camp militaire et un site d’orpaillage faisant 17 morts selon les autorités locales, au moins 125 selon les sources de Reuters. Dix ans après une autre tuerie de mineurs dans le même district, le bilan reste incertain, faute de tout recensement des orpailleurs.
Les assaillants, lourdement armés, sont arrivés à moto. Reuters et l’AFP, qui ont recueilli des témoignages distincts, divergent sur le nombre de morts comme sur l’enchaînement des faits.
Trois témoins interrogés par Reuters affirment que les assaillants ont tué au moins 25 soldats le 5 octobre avant de piller le camp. Le lendemain, les assaillants ont ouvert le feu dans une fosse où un millier de personnes environ cherchaient de l’or. Un chef de village et des proches de victimes parlent d’au moins 100 morts, un chiffre que l’agence précise ne pas avoir pu confirmer.
Les autorités locales jointes par l’AFP avancent un bilan bien plus faible, et une autre chronologie. Selon l’agence française, les assaillants auraient d’abord abattu cinq mineurs sur le site, le 5 octobre, avant d’entrer dans le village et d’y tuer douze soldats lors d’un échange de tirs. Le conseiller local Abdullahi Musa Mutunji présente l’attaque comme une vengeance car des mineurs avaient tué un bandit venu les menacer. Sollicités, ni l’armée ni le gouvernement de l’État n’ont communiqué de bilan.
Un village signalé aux mains des bandits
En avril, la garde communautaire du Zamfara, la force de sécurité créée par le gouvernement de l’État, présentait à la presse 98 mines terrestres saisies dans un véhicule qui faisait route de Gusau, la capitale, vers Bindin. Son commandant, Muhammad Shehu Daligent, inspecteur général adjoint de la police à la retraite, déclarait alors que le village était tombé aux mains des bandits et que quiconque s’y trouvait était soit bandit, soit complice. Il accusait aussi les groupes armés de forcer des villageois à extraire l’or et à le vendre pour leur compte. Le 6 octobre, un millier de personnes environ travaillaient dans la fosse attaquée.
L’armée fédérale, de son côté, était présente sur place : Reuters parle d’un camp militaire à Bindin, l’AFP de soldats tués dans le village. Les sources disponibles ne disent pas depuis quand ce poste existait, ni s’il a été installé après les déclarations d’avril. Les deux forces ne relèvent pas du même pouvoir : la garde communautaire dépend du gouvernement de l’État, l’armée d’Abuja. En septembre 2025, le gouverneur Dauda Lawal se plaignait d’ailleurs de n’avoir aucune autorité directe sur les forces de sécurité, qui reçoivent leurs ordres du gouvernement fédéral.
Le district a déjà connu une tuerie de ce type début novembre 2016. Des dizaines d’hommes armés à moto avaient alors attaqué un site d’orpaillage de Gidan Ardo, dans le district de Bindin, et tué 36 mineurs, dont une partie au fond des galeries. Selon la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), c’est notamment après cette attaque que les violences visant les orpailleurs du nord-ouest ont commencé à retenir l’attention des médias.
Des orpailleurs que personne ne recense
L’écart entre les bilans de 2026 tient aussi à la nature même des sites car les effectifs y varient d’un jour à l’autre, et la plupart des mineurs, souvent venus d’autres villages, ne sont déclarés nulle part. Faute de registre, le décompte des victimes repose sur ce que rapportent les familles et les chefs de village.
Le gouverneur Dauda Lawal s’était pourtant engagé à recenser les orpailleurs. Lors d’une tournée des sites miniers d’Anka et de Maru, début avril 2025, il avait demandé à ceux de Maru de se faire enregistrer, afin que l’État dispose d’un fichier, et leur avait proposé l’appui de son gouvernement pour obtenir des autorités fédérales un permis d’exploitation à petite échelle, à condition qu’ils se regroupent en coopératives.
Sous l’interdiction, la taxe des bandits
En avril 2019, les autorités fédérales avaient suspendu toute activité minière au Zamfara, en invoquant le lien entre l’orpaillage et le banditisme. Les puits ont continué de tourner, désormais hors de tout cadre légal, et ce sont les groupes armés qui en ont fixé les conditions d’accès.
Depuis novembre 2022, les mineurs et les acheteurs d’or des sites de Bukkuyum et de Maru doivent reverser 10 % de leurs gains mensuels aux bandes armées, selon deux chercheurs de la GI-TOC, dans une analyse publiée en août 2024 par ENACT, le programme de l’Institute for Security Studies consacré à la criminalité organisée. Présenté comme une « taxe de protection », ce prélèvement achète surtout l’accès aux puits, sans garantir la sécurité de ceux qui paient. Les auteurs notent que bon nombre de mineurs préfèrent néanmoins ce racket à l’interdiction pure et simple décidée par l’État.
Dans un rapport publié en août 2025 par l’Institut danois d’études internationales (DIIS), Peer Schouten et James Barnett décrivent des groupes qui obligent les habitants à travailler pour eux à certaines heures ou prélèvent directement une part de la production. Dans ces zones, ce sont les bandes elles-mêmes qui organisent l’extraction.
Des sites toujours sous l’emprise des bandes armées
Le ministre du Développement des minerais solides, Dele Alake, a levé l’interdiction le 22 décembre 2024, en faisant valoir que l’insécurité avait nettement reculé dans l’État. Les données compilées par l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA) dans son rapport de janvier 2026 sur la sécurité au Nigeria nuancent ce constat. En juillet 2024, quelques mois avant la levée, un tiers des 20 000 à 30 000 bandits armés recensés dans le nord-ouest du pays se trouvaient au Zamfara. En mai 2025, Amnesty International comptait 725 villages, répartis dans 13 des 14 zones de gouvernement local de l’État, sous le contrôle de groupes criminels.
Dix-huit mois après la tournée du gouverneur, aucune donnée publique ne permet de savoir






