Niger : tournée d’évaluation des sinistrés de la région de Zinder par le ministre des transports

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Suite à la tournée d’évaluation des sinistrés de la région de Zinder, à plus de 900 km de Niamey qu’il a effectuée dans la dernière semaine d’août, le ministre des Transports, Ibrahim Yacouba, a tenu une conférence de presse le mercredi 29 août au gouvernorat de la région. Cette réunion a regroupé autour du ministre des Transports, les autorités administratives et coutumières de la région ainsi que les cadres civils et militaires de la région de Zinder.

(De notre correspondant)

Le ministre Ibrahim Yacouba s’est appesanti sur les principes directeurs de l’action gouvernementale qui s’appuie sur les ressources humaines pour encadrer les populations avec des réponses concrètes : « Au niveau du gouvernement, nous avons estimé que pour être encore plus efficace, pour mobiliser à terme les aides dans le cadre des appuis que nous apportons au niveau des sinistrés, on doit adopter une attitude de ciblage pour prioriser les interventions et voir comment elles doivent se faire » dira-t-il, avant d’ajouter, en parlant des évaluations des sinistres et des sinistrés, qu’elles « doivent être rigoureuses ». Parce que, a tenu à expliquer le ministre, « plus nous maîtrisions la situation et la localisation des sinistrés, mieux nous serons efficaces pour ce travail ». Travail qui, il va de soit, « sera effectué avec la responsabilité et l’implication des responsables de l’Etat. »

Le second aspect évoqué par le ministre est celui qui consiste à « améliorer le ciblage des interventions à faire » qui dans ce cas précis, a-t-il ajouté, rejoint le « comment améliorer la mobilisation à faire de toutes les aides qu’elles viennent de partenaires au niveau local qui soient privées ou qui proviennent de l’État. »

Un autre aspect évoqué par le ministre est, a-t-il souligné, « d’avoir une meilleure lisibilité et visibilité de ces aides », et que, « dans chaque région, on ait la situation des aides qui sont apportées par tous les acteurs dans le cadre des inondations. »

Dans cette gestion de catastrophe, l’État, ne perd pas de vue l’aspect du « comment impliquer les partenaires qui accordent un soutien considérable à la gestion de la crise. Car, bien que l’état fournisse tous ses efforts, il a besoin de l’appui des partenaires. »

En parlant des solutions durables à apporter dans le cadre des urgences, le ministre a rappelé que « si les pluies causent des dégâts c’est qu’il y a un certain nombre de facteurs qui y contribuent. Et il faut trouver une solution pour que ces mêmes problèmes ne se posent plus. »

Le ministre, dans son intervention, de façon claire et précise, a demandé à chaque préfet de faire « le contrôle de l’exactitude des chiffres ; de répertorier les sinistrés avec prioritairement ceux qui ne peuvent pas s’abriter. C’est l’urgence N°1. Que les préfets vérifient rigoureusement pour ne pas assister à une amplification des chiffres. Les vrais sinistrés doivent être secourus avec les moyens qu’on a. Et il faut que ce soit fait assez vite. »

Mesures préconisées à l’issue de la réunion d’évaluation des sinistrés

À l’issue de la réunion d’évaluation des sinistres survenus suite aux inondations dans la région de Zinder, un certain nombre de mesures ont été préconisées.

Ainsi, le ciblage des priorités et la catégorisation des sinistrés pour hiérarchiser les urgences des cas extrêmes comme ceux qui ont complètement perdu leur habitation, à ceux qui ont perdu champ, murs, latrines et ainsi de suite.

Dans ce cadre précis, le comité régional chargé de faire les recensements est appelé à faire un tableau qui catégorise les priorités.
Il a été convenu également d’impliquer les partenaires qui ont une certaine connaissance dans la vérification des listes. Une bonne coordination de la gestion de la crise va en effet éviter qu’on ait des doublons venus d’initiatives isolées.

Dans le cadre de solutions à apporter sur la durée, il a été retenu que les autorités administratives et coutumières doivent veiller à ce que les populations ne s’installent pas sur les zones qui ne sont pas constructives comme les cours d’eau.

Pour ce qui concerne l’évaluation qui porte sur les champs inondés, les services techniques de l’agriculture doivent être associés. La question de la santé n’a pas été laissée en reste. Enfin, l’une des dernières mesures préconisées est de relocaliser certains villages.

Opinion

Abdoul Fatah Habou, la quarantaine, habite le quartier Sharé Zamna extension, depuis plus de dix sept ans. Il est l’une des toutes premières personnes à avoir posé la pierre de construction de ce quartier et connaît suffisamment les problèmes auxquels il est confronté. Abdoul Fatah travaille dans une ONG dans la région de Maradi. Chaque semaine, après son travail, il revient passer le week-end avec sa famille à Zinder.

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Cette semaine, son retour lui a fait trouver une surprise très désagréable : toute la partie Ouest de son quartier était inondée. Les maisons étaient effondrées. Celles qui avaient tenu, ne tiendront que quelques heures, voire quelques jours, puisqu’elles ont, pour la grande part, le pied à presque un mètre dans l’eau.

Devant cette situation fort inquiétante, surtout urgente, il préféra prendre le devant des choses : « Le samedi 1er septembre, je me suis rendu chez le maire central ; il était absent. J’étais parti au gouvernorat et au domicile du gouverneur ; je n’ai pas pu, malheureusement, le rencontrer parce que, on m’a dit qu’il dort. J’ai fait au moins trois heures de temps juste pour le voir pour évoquer la gravité de la situation de ce quartier. Parce que c’est très dangereux. »
N’avoir pas pu rencontrer ni le maire central, surtout le gouverneur, laissa éclater son indignation de ce dernier : « nous, nous voulons le préventif plutôt que le curatif. Nous ne voulons pas de cette aide de deux mesures de mil qu’on amène et qu’on ne donne à une famille qu’après que les maisons aient été effondrées. »

Pour lui, cette sorte d’attentisme « qui a consisté aux autorités à venir constater de visu la situation, sans au moins porter la main à leur poche pour apporter les premiers secours que sont nourriture, natte, couverture, moustiquaire », ne peut pas continuer. Ce qui, d’ailleurs, lui fit dire : « Nous, on veut une solution avant que ces maisons ne s’écroulent. On veut des solutions ; et les administrateurs sont là pour ça. Le gouverneur est là pour solutionner des problèmes. Le maire central est là pour solutionner les problèmes. »

Mais que peut faire, dans l’immédiat, le gouverneur, ou le maire central, face à une catastrophe dont des mesures d’urgences ne sont pas prévues avant qu’elles n’arrivent ? Pour Abdoul Fatah, qui a une autre lecture de cet état de fait « telles que les choses se passent, les administrateurs attendent que les maisons s’effondrent, que les gens soient dans une situation critique pour amener des petites aides ». « De cette aide, dira-t-il en substance, on n’en a pas besoin. On a besoin qu’on nous soutient, qu’on prévoit, qu’on essaie de sauver ce qu’on peut sauver. »

Mais comment sauver un quartier inondé qui a les pieds dans l’eau ? Pire, qui risque de les avoir jusqu’aux hanches si de nouvelles pluies, imminentes à voir les nuages qui s’amoncellent, tombent ? Pour Abdoul Fatah, « il suffit de trouver un bulldozer. Il creuse une petite tranchée d’évacuation qui va jusqu’à la carrière de Maï Tourmi vers l’hippodrome et l’eau va s’évacuer là bas. »

Début de solution peut-être. Les techniciens y réfléchiront certainement. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de trouver des solutions définitives à ces problèmes d’inondation de Sharé Zamna extension. Lors de la conférence de presse tenue par le ministre des Transports en mission d’évaluation des sinistres et des sinistrés de la région de Zinder, des mesures ont été proposées dans ce même cadre. Le tout, à présent, est de les mettre en chantier, le plus tôt, pour soulager des populations qui ont longtemps souffert du manque de suivi conséquent du plan d’urbanisation par les autorités compétentes.

Témoignage des sinistrés suite aux inondations

Dans le quartier Sharé Zamna extension, à l’extrémité Ouest du quatrième arrondissement, la situation est critique. En effet, après avoir occupé tout son lit initial dans la mare de Kanya, avec les précipitations qui n’arrêtent pas de tomber, l’eau a débordé vers les habitations. À tel point qu’en plus des nombreux effondrements et des inondations de rues parfois à hauteur d’un mètre, il a occupé les maisons. Les sinistrés ont été recasés à l’école Sharé zamna 2, en raison de quatre, cinq, parfois même six familles par classe, en attendant les aides d’urgence.

Habsou Moussa a 65 ans. Veuve de son état, elle est ménagère et vit au quartier Sharé Zamna avec ses six enfants. Elle vient d’être recasée à l’école Sharé Zamna 2 dans une classe qu’elle partage avec quatre autres femmes et leurs enfants. En haletant presque, elle raconte ce moment tragique qui l’a poussée à fuir sa maison : « Il pleuvait. Je voyais l’eau monter. Ça me faisait peur. Mais j’ai cru que ça s’arrêterait. Soudain, les murs se sont ébréchés. Alors j’ai commencé à crier à l’aide. Mais mes cris n’ont pas empêché l’eau de rentrer de partout. Je me suis ressaisie en comprenant que mes cris ne serviraient à rien quand les murs ont commencé à s’effondrer. C’était comme du carton mouillé. Finalement toute ma maison a été inondée par l’eau. Avec mes enfants, nous avons pu sauver les effets essentiels avant l’effondrement. Voilà. On est recasé ici à l’école. »

Pour Habsou, c’est une nouvelle vie à devoir gérer loin de toute intimité. Ce sont des contraintes imprévues qu’il faut accepter. « J’ai besoin de nourriture surtout ; mais aussi de moustiquaire ; car il y a trop de moustiques ici. Et le palu est présent sur le site. » Tout en évoquant sa situation de manque, elle fait également le compte de ce dont les sinistrés disposent sur le site : « Heureusement, nous avons des latrines ; nous avons également de l’eau courante ». Après un long soupir, elle ajoute : « Je ne cesse de penser. Qui va nous aider à reconstruire notre maison après cette calamité puisque nous n’en avons pas les moyens ? » Et de conclure à voix basse : « Dieu est grand! »

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Dans une autre classe, les familles semblent avoir été regroupées par le malheur commun. La première femme assiste juste après l’entrée de la classe, qui vanne du maïs, pose sa calebasse : « Je m’appelle Hadjara Harouna, j’ai 50 ans ; j’ai 8 enfants ; j’habite un peu à l’ouest de l’école Sharé Zamna. Nous sommes ici depuis 3 jours ; les murs de notre concession se sont effondrés et la maison a été inondée d’eau ; nous avons pu sauver certains effets mais d’autres sont perdus ; notre nourriture aussi a été inondée ; elle est actuellement sous les briques dans l’eau ». Sans se départir de cet espoir qui nourrit le commun ici, elle dit, un peu rêveuse : « Peut-être quand l’eau va se retirer, on va pouvoir dégager ce qui a été enseveli ». Et tout en reprenant la calebasse pour souffler sur le son, elle déclare : « Mais beaucoup de choses seront gâtées d’ici là. »

Pour Halima Ibrahim, qui, avec ses trente cinq ans, a 5 enfants et dont le mari a voyagé, la situation est urgente. Assise au bout de la natte, elle semble veiller sur ses deux enfant dont l’une, une fille, est recouverte en partie d’un drap : « Notre concession est entièrement inondée. La nourriture a été emportée par les eaux. Voici les enfants qui pleurent de faim. J’ai deux enfants qui ont le palu. Mon problème est de pourvoir à leurs besoins dans l’immédiat. Ça ne peut pas attendre. »

Habsatou Moudi, quant à elle, qui a 35 ans, est mère de huit enfants. « Voici trois jours de cela, à la suite d’abondantes précipitations qui se sont abattues, l’eau a complètement inondé notre habitation. Nous avons été recasés ici, à l’école primaire Sharé zamna 2 ». Or voici que le samedi 31 août, de nuit et en pleine pluie, cette ménagère, à son deuxième jour de recasement, a accouché d’une fille. La malheureuse, tout en reconnaissant « avoir eu juste le temps de sauver certains effets légers », éclaire la peine qu’elle ressent en contemplant le visage serein de l’enfant qui dort en concluant : « hélas, beaucoup d’effets ont été ensevelis sous les murs qui se sont effondrés. Et d’autres encore ont été emportés par les eaux. »

« Les autorités sont venues nous visiter par deux fois », reconnaissent toutes ces femmes venues de maisons sinistrées, et dont les maris, pour la plupart, sont allés chercher de quoi les nourrir elles et leurs enfants. Seulement, jusqu’à ce jour, à part être recensées, elles n’ont rien vu venir de concret. Alors que nourriture, vêtements, médicaments, couverture, moustiquaire, bref, tout leur manque. Pour certaines, elles ont dû emprunter, confient-elles, jusqu’aux nattes.

L’acuité de la situation ne semble pas être différente pour Hawaou Issoufou, une riveraine de l’école Sharé zamna 2. Hawaou a 40 ans. Elle est ménagère, mère de 5 enfants. Son mari vient de décéder voici exactement 73 jours. Son bébé, âgé de 78 jours, et qu’elle porte dans les bras, n’arrête pas de pleurer. « Regardez ce qui nous arrive », nous dit-elle, la voix nouée par l’émotion, en nous montrant à leur porte, l’eau qui arrive jusqu’au genou. Et c’est impuissante que cette veuve, ménagère de son état, voit toute cette eau dont elle dit « n’avoir jamais vu de pareille depuis plus de vingt ans qu’elle habite cette maison héritée de feu son mari », déjà, parvenir à passer la petite digue de fortune érigée par elle et ses enfants. Depuis plus de quatre jours, de nuit, Hawaou ne dort plus sur ses deux oreilles, dans la hantise, dit-elle, « de voir sa maison s’effondrer à n’importe quel moment. » De jour, c’est une autre crainte qui la guette : « Je veux sortir pour aller chercher de quoi manger pour moi et mes enfants », dit-elle, tout en se retournant à chaque minute pour jeter un coup d’œil sur un coin de maison qui laisse voir une échancrure au mur. Face à l’état de sa maison qui lui fait peur, l’instinct maternel la garde en éveil : « Je suis dans la crainte de laisser mes enfants seuls ». Trois de ses filles ont le palu et sont couchées à même de simples nattes.

Les sinistrés de Sharé Zamna, à l’instar des autres sinistrés de la région de Zinder, attendent. Le ministre des Transports, au nom du gouvernement, leur donne l’espoir. Pourvu que le sucre de cet espoir-là ne soit pas d’un goût amer.

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