Niger : l’opposition demande de l’aide à la CEDEAO

Les opposants nigériens n’ont pas dit leur dernier mot. Ils comptent faire réagir les chefs de la diplomatie de la CEDEAO qui tenaient, lundi, à Abuja, une réunion extraordinaire consacré au Niger. Ils demandent notamment que la communauté économique prenne des sanctions envers le gouvernement de Mamadou Tandja, qui a organisé contre l’avis de l’instance régional, un référendum le 4 août dernier pour briguer un troisième mandat.

Malmenés par le président nigérien, Mamadou Tandja, qui multiplie les interpellations, les opposants changent de tactique. Direction Abuja au Nigeria, pour faire entendre leur voix hors des frontières de leur pays. Lundi, les membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont réunis pour une rencontre extraordinaire sur la situation du Niger. L’occasion pour les acteurs de la société civile de leur demander de se faire l’écho de leurs revendications et de mettre un terme à la crise politique qui frappe leur pays, comme ils l’avaient déjà fait pour la Guinée.

En 2008, la communauté économique avait exclu Conakry de ses instances et avait réussi par cette action à rétablir l’ordre. Les opposants demandent donc à la CEDEAO qu’elle agisse avec « fermeté » et prenne « des mesures énergiques » contre le gouvernement nigérien. « Dans le cas qui nous (la société civile nigérienne, ndlr) concerne, la sanction minimale qu’encourt, à note humble avis, l’État du Niger est celle prévue à l’article 45 (2) du Protocole sur la Démocratie et la Gouvernance, à savoir la suspension du pays dans toutes les instances de la CEDEAO, sanction que l’on pourrait d’ailleurs combiner avec celle du paragraphe 2 de l’article 23 de l’Acte constitutif qui prévoit des mesures de suspension de liens avec les États dans les domaines des transports et communication et de toute autre nature contre tout État membre qui ne se conformerait pas aux décisions et politiques de l’organisation », peut-on lire dans une lettre adressée aux membres du conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO. Des sanctions qui pourraient mettre à mal l’économie du pays et précipiter la chute de Mamadou Tandja.

Un retour à l’ordre constitutionnel

Selon ce document, le retrait du Niger de la CEDEAO devrait s’accompagner du « retour à l’ordre constitutionnel normal avant le référendum », qui s’est tenu le 4 août dernier. Une consultation très décriée par la CEDEAO qui permet au chef de l’Etat nigérien de briguer un troisième mandat. Afin de contrer les aspirations du chef de l’Etat, les membres des organisations de défense de la démocratie souhaitent « la réinstallation de la Cour constitutionnelle » dissoute pour avoir contesté le projet de référendum de Mamadou Tandja. Ils demandent aussi « l’organisation des élections générales et législatives en décembre 2009 » et « la libération de toutes les personnes arrêtés ». A ce jour, plusieurs journalistes et politiciens auraient été interpellés pour avoir participé à des marches de protestation contre le référendum.

Samedi, une manifestation organisée par l’opposition dans la capitale nigérienne et qui avait été interdite par le gouvernement, a été sévèrement réprimée par les forces de l’ordre. « Ils ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques. Il y a eu plusieurs blessés et une cinquantaine d’arrestations dont 16 à Niamey, cinq à Tawa et 11 à Tillabery», explique Ali Idrissa, le directeur adjoint de la Chaîne privée, Dounia TV, qui était présent sur les lieux. « Des petits groupes qui tentaient de rejoindre la manifestation, poursuit-il, ont été interceptés par la police, la gendarmerie et le FIS ». Mamane Wada, le secrétaire général de la Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques au Niger (FUSAD) dont le président Marou Amadou est toujours en détention, et le député Soumana Sanda, issu du parti de l’ancien Premier ministre nigérien Seini Oumarou, auraient été interpellés.

L’issue de la réunion d’Abuja pourrait être capitale pour l’avenir du Niger en proie à une crise politique. La CEDEAO qui s’était déjà réunis en juillet dernier avait déjà mis en garde le président nigérien, Mamadou Tandja, sur la tenue du référendum. Un mois après, à l’heure où les interpellations d’opposants s’enchainent dans le pays, la communauté économique pourrait bien faire le choix de sanctionner le Niger et de l’exclure de ses instances. Affaire à suivre.

Lire aussi :

 Référendum au Niger : la victoire musclée de Tandja

 Niger : Marou Amadou aux prises avec la justice

 Niger : Mamadou Tandja se cramponne à la présidence