
Malgré les pluies d’août et septembre, le dernier bulletin de surveillance pastorale d’Action contre la Faim relève des déficits fourragers marqués à Diffa, Zinder et Agadez. Les troupeaux y quittent déjà les secteurs les plus pauvres en herbe et les vols de bétail augmentent. L’ONG craint une soudure pastorale difficile en 2027.
Les pluies tombées en août et septembre ont redonné de l’embonpoint aux troupeaux nigériens. Sur la moitié des 37 sites sentinelles suivis par Action contre la Faim (ACF), les moutons et les chèvres sont désormais jugés en bon état, contre 3 % des sites en juin-juillet. La proportion de sites signalant des mortalités animales est tombée de 28 % à 12,5 %. Le bulletin n°71, publié le 16 octobre par l’ONG avec la direction du suivi des ressources pastorales du ministère de l’Élevage, n’en dresse pas moins un tableau inquiétant pour l’est du pays.
Diffa, au cœur du déficit
Les relevés satellitaires de fin septembre montrent une couverture végétale inférieure à 40 %, et quasi nulle par endroits, sur une large part de la bande pastorale : nord de Tahoua et de Maradi, ouest et sud d’Agadez, nord de Zinder et la plus grande partie de la région de Diffa. Les écarts de biomasse les plus importants par rapport à la moyenne de long terme se concentrent dans le centre et le sud de Diffa, une région déjà exposée aux violences du bassin du lac Tchad et aux déplacements de population.
À l’échelle nationale, la production fourragère reste pourtant supérieure à la moyenne dans la plupart des zones agropastorales, ce qui explique que le bilan d’ensemble masque ces poches.
Le diagnostic rejoint celui du centre régional AGRHYMET du CILSS. Dans une note publiée en septembre, l’institution basée à Niamey rangeait Agadez, Diffa, Tahoua et Zinder parmi les zones les plus déficitaires du Sahel et prévenait que, dans une année marquée par El Niño, des pluies tardives n’y apporteraient qu’une amélioration marginale.
Sur le terrain, les relais d’ACF décrivent un tapis herbacé peu développé et des mares mal remplies. Or ces mares temporaires fournissent environ 75 % de l’eau d’abreuvement du cheptel, les puits n’en assurant que 22 %. Quand elles s’assèchent tôt, les éleveurs doivent se déplacer plus tôt et plus loin. C’est ce qui se produit : plus de 28 % des sites font état d’une forte concentration d’animaux, notamment à Kabléwa, Gueskérou et Mainé-Soroa dans la région de Diffa, à Belbédji, Tanout et Gouré dans celle de Zinder, ou encore à Ingall et Aderbissinat (Agadez). Dans les secteurs qui accueillent ces troupeaux, les pâturages encore jugés corrects s’épuisent plus vite que prévu.
Un bouc contre moins de 90 kilos de mil
Sur les marchés, l’arrivée des récoltes a fait légèrement reculer le mil (−1 %), mais les caprins ont perdu 4 % sur la même période. Un bouc vendu permet donc d’acheter en moyenne 3 % de mil de moins qu’en juin-juillet.
La baisse reste limitée, et ces termes de l’échange demeurent nettement plus favorables qu’il y a un an (+47 %). Le détail par marché nuance ce constat. À Agadez, un caprin s’échange contre 114 kilos de mil, 31 % de moins qu’en juin-juillet, même si ce niveau dépasse encore celui de 2025. Près d’un quart des sites jugent les termes de l’échange défavorables, voire très défavorables, avec moins de 90 kilos de mil par tête. À Tanout, Aderbissinat, Abalak ou Belbédji, le ratio se situe entre 60 et 71 kilos.
Le tourteau destiné au bétail a reculé de 11 % sur la période, la demande baissant avec le retour de l’herbe. Il reste toutefois 28 % plus cher qu’à la même époque de 2025, et même 40 % à Diffa, où des difficultés d’approvisionnement sont signalées comme à Kabléwa, Gouré, Tanout ou Aderbissinat. Pour une famille d’éleveurs, céder des animaux quand les cours sont bas revient à entamer le capital qui doit lui permettre de traverser la prochaine soudure pastorale, au printemps.
Les vols de bétail repartent à la hausse
Entre août et septembre, 31 % des sites ont signalé des vols de bétail, contre 19 % lors de la période précédente. ACF les attribue généralement à des groupes armés ou à des réseaux criminels, dans les régions de Tillabéri, Tahoua, Dosso, Maradi, Agadez et Zinder. Les autres indicateurs de sécurité s’améliorent : les conflits intercommunautaires n’ont été rapportés que sur 6,25 % des sites, contre un quart en juin-juillet, et les incidents sécuritaires sont passés de 19 % à 16 %. Des marchés ont néanmoins fermé ponctuellement à Kabléwa et à Talemcess, dans le département de Tillia, en raison de l’insécurité.
Rien ne permet donc de parler d’une nouvelle flambée de violences. L’ONG redoute surtout l’effet des transhumances précoces, qui risquent de concentrer les troupeaux de plusieurs communautés autour des mêmes pâturages et points d’eau pendant la saison sèche. Dans une note régionale diffusée le 13 octobre, elle évoque une « crise pastorale silencieuse » dans l’est du Niger et dans le bassin du lac Tchad, où l’insécurité restreint déjà l’accès aux ressources.
Une réponse sous-financée
Les appuis au secteur pastoral ont eux-mêmes reculé : seuls 25 % des sites ont signalé une intervention en août-septembre, essentiellement des ventes de céréales et d’aliments pour bétail à prix modéré ou des campagnes de vaccination, contre près de 44 % en juin-juillet. Selon la note régionale d’ACF, le plan de réponse humanitaire du Niger n’est financé qu’à hauteur de 15 % en 2026. Le Cadre harmonisé de mars estimait à près de 57 millions le nombre de personnes exposées à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel pour la soudure 2026.
L’ONG demande à l’État et à ses partenaires de reconstituer dès maintenant les stocks tampons de céréales et d’aliments pour bétail, et de suivre de près l’évolution des termes de l’échange afin de repérer les ménages pastoraux les plus fragiles. Le bilan national de la campagne agropastorale 2026-2027, qui n’a pas encore été validé, puis les prochaines analyses du Cadre harmonisé devraient préciser l’ampleur des besoins.





