Ngarlejy Yorongar : Je suis prêt à m’allier avec n’importe quel diable pour chasser Deby

Le célèbre opposant tchadien se dit proche de la victoire aux présidentielles. Il s’engage à ne pas poursuivre Idriss Deby si celui-ci se retire.

Ngarlejy Yorongar est responsable du parti fédéraliste tchadien, Front d’Action pour le Renouveau. Et candidat aux présidentielles du 20 mai. Le plus acharné des opposants au régime du président Idriss Deby se dit prêt à s’allier avec ses anciens ennemis pour bouter l’homme fort de N’Djamena hors du palais présidentiel.

Afrik : Lors de notre dernière rencontre, en juin dernier, vous nous affirmiez que vous ne saviez pas si vous alliez être candidat à la présidentielle. Qu’est ce qui vous a décidé ?

Ngarlejy Yorongar : Notre parti s’est fixé comme objectif de prendre le pouvoir, ceci est clair. Mais mon mauvais état de santé, lié aux tortures que m’ont fait subir les sbires d’Idriss Deby, m’a fait longuement hésiter. En septembre, 600 militants réunis pour rendre hommage aux victimes du régime m’ont investi de cette candidature sans me demander mon avis. Aujourd’hui je suis très bien placé pour l’emporter.

Afrik : Seul ?

Ngarlejy Yorongar : Seul ou avec une coalition des partis d’opposition, comme l’Union pour la Démocratie et la République, de Jean Alingué ou l’Union pour le Renouveau et la Démocratie, du général Kamougué. Je crois bon d’annoncer qu’un pacte des six candidats de l’opposition a été signé afin de veiller sur chaque bureau de vote. Et que nous allons constituer un front commun contre Deby.

Afrik : Même avec le président de l’Assemblée nationale, Monsieur Kamougué qui…

Ngarlejy Yorongar :… M’a envoyé en prison, j’en sais quelque chose. Ecoutez moi bien : je suis prêt à pactiser avec n’importe quel diable pour chasser Déby du pouvoir car cet homme est le mal incarné. Je suis prêt à pardonner en accord avec ma foi chrétienne et pour que le jeu de la démocratie puisse fonctionner dans mon pays. Quiconque soutiendra le plan de retour à la démocratie en trois étapes que je propose bénéficiera de mon appui. D’abord, un référendum sur le futur régime tchadien : fédéral ou centralisé. Ensuite : création d’un arsenal juridique pour que la transparence s’exerce à tous les niveaux de décision et de pouvoir. Enfin, appeler tous les chefs de rébellion à participer à la vie politique de notre pays de façon légale et conformément à la nouvelle constitution. Si je suis élu, je remettrai mon mandat en jeu à l’issue de ce processus. Chacun d’eux pourra se présenter aux présidentielles, aux législatives, ainsi qu’à toutes les autres échéances électorales.

Afrik : Pensez-vous que les Tchadiens adhèrent à votre projet fédéraliste ?

Ngarlejy Yorongar : J’en suis convaincu. Les Tchadiens ont conscience que pour en finir avec les antagonismes religieux et ethniques, les gaspillages, la mise en coupe réglée des richesses du pays au profit d’un clan qui concentre tous les arbitraires, il faut un système où les Etats fédéraux puissent contrôler l’Etat central et aient toute latitude pour lui retirer leurs mandats si nécessaire.

Afrik : Le Nigeria est un Etat fédéral, c’est aussi un pays exemplaire dans le domaine du pillage des ressources naturelles, dont le pétrole. En outre, le fédéralisme fait planer en permanence le spectre de la sécession sur ce pays.

Ngarlejy Yorongar : Ce sont les hommes qui font les lois. Si Deby est à la tête d’un Etat fédéral, les maux du Tchad ne cesseront pas. Si c’est moi, je garantis que les règles du jeu seront respectées. Quant à la sécession, je n’y crois absolument pas. C’est de la rigolade. Ma femme vient du Nord. Elle m’a fait de beaux enfants que j’aime tendrement. Mon cas est courant au Tchad.

Afrik : Si vous êtes élu qu’adviendra-t-il d’Idriss Deby ?

Ngarlejy Yorongar : Idriss Deby a peur, il a devant lui l’exemple de son ancien chef, Hissene Habré poursuivi pour crime contre l’Humanité, celui de Milosevic, celui de Gueï. Voilà pourquoi il est prêt à tous les tripatouillages, toutes les magouilles pour s’assurer la victoire. Il a gonflé les chiffres des localités du Nord de 100 à 1000% et minimisé les populations du Sud. A titre d’exemple : la ville du Nord de Rig-Rig qui recensait 2000 habitants en 1993 contiendrait aujourd’hui 26 000 électeurs. A Doba, la population est évaluée à 113 000 habitants, mais elle ne contient que 53 000 électeurs. Cela étant, le président commet une erreur s’il croit bénéficier d’un soutien du Nord. Il fait l’unanimité contre lui.

Afrik : Vous ne répondez pas à ma question.

Ngarlejy Yorongar : Deby est dans le collimateur de la justice internationale et d’Interpol, je n’ai pas besoin de lui trouver des chefs d’inculpation en sus. S’il retire sa candidature, il sera amnistié chez nous pour ses crimes et sera libre de ses mouvements sur la totalité du territoire tchadien. S’il ne se retire pas, s’il persiste dans ses combines pour rester en place coûte que coûte, il ira en prison. Voilà le marché que je lui ai proposé par courrier. Il ne m’a jamais répondu.

Lire ici : tous les partis d’opposition coalisés contre Deby.