Tchad : tous les partis d’opposition coalisés contre Deby

Les six adversaires du président tchadien ont signé un accord de désistement pour le second tour des présidentielles. Le président Idriss Deby, candidat à sa propre succession, se trouve plus que jamais isolé. Alors que les accusations de fraudes électorales pleuvent.

Tous contre Deby ! C’est à l’évidence le nouveau mot d’ordre des formations politiques tchadiennes à la veille des élections présidentielles du 20 mai. Dans un communiqué commun, diffusé vendredi dernier, les six candidats de l’opposition ont annoncé qu’ils avaient signé un accord de report des voix sur le candidat présent au second tour face à l’actuel président Idriss Deby.

Le communiqué a été paraphé par l’ancien ministre de l’agriculture, Saleh Kebzayo, l’ex-Premier ministre Wadal Abdelkader Kamougué (également président de l’Assemblée nationale et tête de liste de l’Union pour le Renouveau et la Démocratie -URD), Ibn Oumar Mahamat Saleh, chef du Parti pour les Libertés et le Développement (PLD), Jean Bawoyeu Alingué, président de l’Union pour la Démocratie et la République (UDR) et l’irréductible Ngarlejy Yorongar, candidat de la Fédération Action pour la République (FAR).

La réconciliation des frères ennemis

Cette union sacrée entre anciens ennemis (sur lesquels Idriss Deby s’est largement appuyé pour asseoir ses dix ans de règne) annonce la partie la plus délicate de sa carrière pour l’actuel chef d’Etat. Pressentie depuis plusieurs semaines, elle se fait jour alors que le Comité Politique d’Action et de liaisons (CPAL), qui regroupe quatre mouvements d’opposition tchadiens, a réitéré ses inquiétudes sur le bon déroulement des suffrages, arguant que les précédents avaient été marqués par  » des attaques physiques, des arrestations arbitraires d’opposants et le bourrage grossier des urnes « .

Pour sa part, le député fédéraliste Yorongar, a dénoncé les  » manipulations  » concernant le recensement des électeurs estimant que les  » populations de certaines localités du Nord (dont est issu Idriss Deby) ont été gonflées de 100 à 1000% « .

Autre entorse au bon déroulement de la campagne, dénoncée cette fois par Reporter Sans Frontières (RSF), une note du Haut Conseil de la Communication (HCC) qui a interdit, le 17 avril,  » tout débat à caractère politique  » sur les antennes radio du pays. Le HCC a également exigé que les bulletins d’informations ne  » soient pas étayés de commentaires « , menaçant de suspendre  » pendant toute la durée de la campagne électorale  » les organes de presse qui refuseraient de se plier à cette injonction.

La France soutient ces scrutins en apportant une aide de 170 millions de FCA (259 000 euros). Soit la totalité de la prise en charge de l’impression des bulletins de vote.

Lire aussi l’interview de Ngarlejy Yorongar : Je suis prêt à m’allier avec n’importe quel diable pour chasser Deby.