Nelson Mandela descendu en flammes par son ex-femme

L’ex-femme du leader sud-africain Nelson Mandela, Winnie, connue pour son franc parlé, fait à nouveau entendre sa voix. Dans une interview donnée au London Evening Standard, parue le 8 mars, celle qu’on surnomme la pasionaria de l’ANC, le légendaire parti politique sud-africain, ne met pas de gants lorsqu’elle critique les actions politiques de son ex-mari et de l’ANC.

Winnie Madikizela-Mandela règle ses comptes. Elle vient de donner une interview au London Evening Standard, où elle critique vivement son ex-mari. « Mandela nous a laissés tomber. Il a accepté un mauvais accord pour les Noirs », a-t-elle déclaré en critiquant l’issue trouvée à la fin de l’apartheid par son mari en 1991. Elle a également précisé qu’elle ne pouvait pas « lui pardonner d’être allé recevoir le Nobel [de la paix en 1993, NDLR] avec son geôlier [Frederik] de Klerk », le président sud-africain blanc à l’origine de la libération de son ex-mari et de la fin de l’apartheid. Car selon elle, ce dernier n’a pas abolit le système ségrégationniste par choix, mais parce que la société le voulait.

Suite à ces propos, l’ANC (l’African National Congress, parti actuellement au pouvoir en Afrique du Sud) a annoncé qu’il ne se prononcerait que lorsqu’il aurait pu joindre Winnie Mandela, actuellement aux Etats-Unis, afin de vérifier. Cette interview a lieu seulement quelques jours après la célébration des 20 ans de la libération de Nelson Mandela.

« L’ANC a perdu son âme »

Les critiques vont bon train et n’épargnent personne. L’héroïne de la lutte anti-apartheid va jusqu’à qualifier l’archevêque Desmond Tutu de «crétin ». l’ANC, également, en prend pour son grade. Aux yeux de Winnie Mandela, ce parti historique « a perdu son âme ». « Economiquement, nous sommes toujours sur la touche. L’économie reste très blanche », constate-t-elle. Winnie Mandela va même jusqu’a critiquer le rôle que Mandela joue actuellement dans l’ANC : « On le promène dans le monde entier pour collecter de l’argent et il est content de le faire. L’ANC l’a écarté mais continue de le présenter comme une figure de proue pour préserver les apparences ».

Surnommée la mère de la nation, la pasionaria de l’ANC est connue pour son franc parler et ses débordements. Elle a été durement critiquée pendant l’apartheid pour avoir endossé le slogan : « Un boer, une balle ». Mais c’est lorsqu’elle justifie le « supplice du pneu » (technique de lynchage qui consiste à mettre un pneu en feu autour du cou) pour ceux qu’elle qualifie des « traitres noirs » en 1985, qu’elle s’attire les foudres de l’opinion. « Avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays », avait-elle alors déclaré.

D’autre part, elle avait été impliquée dans une affaire de meurtre. En 1989, Jerry Richardson, son garde du corps et ancien amant, l’avait accusée d’avoir fait tuer un jeune membre de l’ANC âgé de 14 ans, Stompie Seipei Moketsi, qu’elle soupçonnait d’espionnage.

Malgré plusieurs affaires judiciaires ou elle siégea au banc des accusés, Winnie Mandela a déclaré « Je ne regrette rien. Si c’était à refaire, je referais tout exactement de la même manière ». Après sa sortie de prison en 1991, Nelson Mandela n’est pas resté très longtemps avec sa sulfureuse épouse. En 1992, celui-ci avait annoncé leur séparation et leur divorce a été prononcé en 1996 à cause, entre autres, de divergences politiques dues à la radicalisation de Winnie Mandela. Il est actuellement remarié à Graça Machel, veuve de Samora Machel, ancien président du Mozambique.

Réélue l’année dernière au Parlement, l’héroïne de la lutte contre l’apartheid reste très populaire dans les townships. Mme Madikizela-Mandela n’a pas fini de faire parler d’elle.

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