Mozambique : « Mafalala » magnifiée par la danse

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Le quotidien de l’une des plus importantes banlieues de Maputo, la capitale mozambicaine, retracé par un spectacle de danse contemporaine. C’est le pari réussi de Mafalala, interprété avec grâce et énergie par Culturarte, l’unique compagnie de danse présente à l’édition du Marché des arts du spectacle africain qui se tient actuellement en Côte d’Ivoire.

Quatre danseurs pour une reconstitution chaloupée du quotidien de Mafalala, une banlieue de Maputo, la capitale du Mozambique. Le spectacle éponyme a été présenté au Marché des arts du spectacle africain qui se déroule en ce moment en Côte d’Ivoire par la compagnie mozambicaine Culturarte. La passion du football, les corvées d’eau et de bois ou les pesanteurs sociales sont rendues avec une énergie qui se transmet même aux non initiés de la danse contemporaine. Mafalala est un chef d’œuvre de créativité et de réalisme. Et pour cause : « nous sommes allés là-bas, nous avons observé les habitants jour après jour dans leurs tâches quotidiennes », explique Horacio Macuacua. Selon le danseur, Mafalala est un « condensé de la société mozambicaine.» Janeth Mulapha, Domingos Bié, Horacio Macuacua, Idio Chichava et le saxophoniste Orlando José da Conceiçao projettent une vie de quartier dynamique et pleine de péripéties au rythme d’une musique lancinante. Les figures, comme celle du match de football, l’une des premières du spectacle, sont inspirées et inattendues

Mafalala, livré dans sa deuxième version, a été crée en 2003 par le chorégraphe mozambicain, Panaibra Gabriel. Il est également le fondateur de la compagnie Cultuarte, née officiellement en 1998 et composée de cinq autres membres. L’artiste s’était d’ailleurs vu décerné en 2006 le deuxième prix des 6e Rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan indien, qui se sont déroulées du 22 au 30 avril 2006, à Paris, pour sa création Dentro de mim outra ilha (Une autre île à l’intérieur de moi-même). Son spectacle, présenté dans la capitale ivoirienne, est inspiré d’un poème de José Craverinha, considéré comme le plus grand poète mozambicain. Décédé en 2003, l’homme de lettres, à l’instar de nombreuses figures de la vie socio-politique et culturelle mozambicaine, est né dans la banlieue emblématique de Mafalala.Masa_003ok.jpg

La danse de création, une discipline encore jeune en Afrique

Pionnière dans sa discipline et dans son pays, Culturarte accorde une place de choix à la formation. Durant six mois de l’année, les danseurs de la troupe se transforment en professeurs. C’est ainsi que l’élève Janeth Mulapha a rejoint la compagnie. « Nous constatons durant nos sessions de formation que la danse de création intéresse de plus en plus », constate Horacio Macuacua, qui appartient à la compagnie depuis ses débuts. Pourtant, être danseur professionnel est encore loin de faire vivre son homme au Mozambique, à l’instar de nombreux pays africains. De fait, la danse contemporaine est une discipline encore jeune et marginale sur le continent. Elle a commencé à s’y pratiquer il y a seulement une dizaine d’années en acquérant, au fil des ans, sa propre identité.

Formés initialement à la danse traditionnelle, les danseurs de Culturarte ne renient en rien son influence dans leur expression corporelle. « Nous avons tout ça dans notre corps […]. Il n’y a pas qu’une seule manière de bouger, poursuit le danseur mozambicain. Nous ne cessons d’apprendre de nouvelles techniques et nous créons quelque chose de différent. Pour certains, parce que la danse contemporaine est née en Occident et y a hérité de ses codes et techniques, ce que nous faisons ne saurait être considéré comme telle. Nous allons créer en Afrique notre propre danse contemporaine.» Si besoin en était, Cultuarte et sa production Mafalala ont déjà témoigné à Abidjan de la vitalité d’un art qui s’installe doucement mais sûrement sur le continent africain.