Mozambique : l’armée accusée d’avoir tué au moins 13 pêcheurs à Cabo Delgado


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Les forces de défense du Mozambique
Les forces de défense du Mozambique

Un nouvel épisode meurtrier secoue la province mozambicaine de Cabo Delgado. Treize pêcheurs auraient été abattus par la marine lors d’une opération confuse, révélant une fois de plus l’incapacité des forces armées à distinguer civils et insurgés dans un conflit qui s’enlise depuis 2017.

Le nord du Mozambique est de nouveau le théâtre d’un drame humain aux contours troubles. Dimanche 15 mars 2026, au petit matin, une opération de la marine mozambicaine a viré au carnage près du village de Calugo, non loin de la ville portuaire de Mocimboa da Praia. Selon plusieurs sources concordantes, dont l’ONG Acled et des responsables sécuritaires locaux, au moins treize pêcheurs ont été abattus par les forces régulières. Ce nouvel incident souligne la difficulté extrême pour l’armée de distinguer les populations civiles des insurgés affiliés à l’organisation État islamique, qui endeuillent la province du Cabo Delgado depuis 2017.

Une méfiance fatale envers les populations côtières

Le scénario décrit par les témoins est glaçant : vers 7 heures du matin, les unités navales auraient ouvert le feu sur des embarcations de pêcheurs artisanaux. Si le bilan exact oscille entre 13 et 15 morts selon les sources, la motivation des militaires semble ancrée dans une suspicion systématique. Dans cette zone de conflit, les autorités soupçonnent régulièrement les pêcheurs de collaborer avec les djihadistes ou de servir de couverture pour le transport de combattants.

Ce drame n’est d’ailleurs pas isolé, puisqu’un incident similaire avait déjà coûté la vie à seize civils en septembre dernier, plus au sud de la côte. Malgré les demandes pressantes des habitants pour rencontrer le commandement militaire et obtenir des explications, le silence radio prévaut du côté de l’état-major à Maputo.

Un climat d’impunité autour des sites gaziers

Ces allégations d’exactions ne sont pas nouvelles pour l’armée mozambicaine. Depuis le début de l’insurrection, qui a déjà fait environ 6 500 morts, les forces de défense sont régulièrement pointées du doigt par des organisations internationales pour des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires.

Ces tensions sont d’autant plus vives que la région abrite des enjeux économiques colossaux, notamment le projet gazier géant de TotalEnergies. La force de sécurisation du site a déjà fait l’objet de plaintes pour des violences commises contre des civils entre juillet et septembre 2021. Alors que le groupe énergétique a annoncé la reprise de ses activités en fin d’année dernière après une longue interruption, la recrudescence de la violence et les bavures militaires répétées assombrissent les perspectives de stabilisation.

Le retrait rwandais : un nouveau péril sécuritaire

Ce regain de tension intervient à un moment critique pour l’architecture sécuritaire du nord-est du pays. Le Rwanda, dont les troupes ont été essentielles pour reprendre le contrôle de zones stratégiques depuis 2021, menace désormais de se retirer. Kigali déplore l’absence de « financement durable » de la part de l’Union européenne, dont l’aide de 20 millions d’euros arrive à échéance fin mai.

Sans soutien financier supplémentaire pour couvrir les coûts opérationnels de ses 5 000 soldats, le Rwanda pourrait laisser un vide sécuritaire que l’armée mozambicaine, déjà sous le feu des critiques pour sa gestion des civils, semble incapable de combler seule. La menace djihadiste, loin d’être éradiquée, continue de prospérer sur le ressentiment des populations locales face aux violences de leur propre armée.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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