Morituri : un film noir dans Alger la blanche

Avec Morituri, Okacha Touita fait une plongée sans concession dans les arcanes les plus noires de la décennie sanglante 1990 en Algérie. Le film, inspiré du roman éponyme de Yasmina Khadra, est sorti le 25 avril dernier dans les salles.

Dans son cinquième film, Okacha Touita emmène le spectateur dans la fange de la décennie noire 1990 en Algérie. L’acteur et réalisateur algérien a mis en scène l’un des succès littéraire de Yasmina Khadra, Morituri, avec un réalisme et une crudité dérangeante. A travers le récit d’une enquête commandée par un gros bonnet affairiste algérois sur la disparition de sa fille, il dépeint une Algérie d’une noirceur absolue où les donneurs d’ordre ne sont pas toujours ceux que l’on attend.

Son principal personnage, le commissaire Brahim Llob, hanté par les menaces de mort des terroristes qu’il pourchasse, est magistralement interprété par Miloud Khetib. Les cernes de l’honnête fonctionnaire de police, raillé pour n’avoir jamais profité de sa fonction pour « évoluer », ne s’étirent pas seulement sous le poids de cette peur qui pèse sur toute sa famille. Le policier, lui aussi écrivain à ses heures perdues, porte sur lui le dégoût de tout un peuple de cette « mafia politico-financière » invisible et de la hogra (injustice) qui pousse encore régulièrement des manifestants dans les rues. Cette hogra qui autorise le chauffeur et garde du corps d’un homme d’affaires soutenu en haut lieu à frapper un commissaire de police sans encourir le moindre danger.

Avec la participation du ministère de l’Intérieur

Okacha Touita tire également le meilleur parti de son second personnage principal, Alger, dans les rues de laquelle il a tourné avec le soutien des autorités algériennes. La capitale apparaît telle qu’elle est, sublime, mais sans doute plus fatiguée encore que le commissaire Llob. Le film a été tourné dans des décors naturels, jusque dans les locaux décatis du commissariat central d’Alger. Le scénario du film a en effet été refusé à deux reprises, selon Yasmina Khadra, qui a participé à l’écriture du scénario, mais après des années de persévérance, ce sont plusieurs ministères qui s’y sont associés, parmi lesquels celui de l’Intérieur.

La volonté de coller à la réalité d’Okacha Touita le pousse à faire manier par Miloud Khetib des photos insoutenables d’enfants égorgés et de corps mutilés tirés d’enquêtes de la police algérienne. Avec le même souci de réalisme, il a intégré des images d’archives de l’attentat – kamikaze, déjà – du Boulevard Amirouche, en 1995, en plein centre d’Alger, contre le commissariat central. L’attaque avait fait 42 morts et 256 blessés.

Quelques traits d’humour et les répliques cinglantes de Brahim llob, même cyniques, parviennent par moment à alléger le propos du film. De même que la belle présence de l’inspecteur Lino, le bras droit du commissaire Llob, interprété par Azzedine Bouraghda, qui essaye encore de vivre et profiter de sa jeunesse dans une ville où la crise de nerfs n’est jamais loin. Le réalisateur a respecté le roman et l’enquête de Yasmina Khadra dans tous ses développements, au point que le spectateur peut s’y perdre s’il ne s’accroche pas. Mais la richesse retirée de la vision de Morituri en vaut largement la peine.

 La bande annonce du film sur afriktv:

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