Mon cap-vert à moi

Mariana Ramos

Après Di dor em or, Mariana Ramos revient après quatre ans d’absence avec Bibia. Cap Vert, Brésil, Jazz, Afrique, un album encore une fois métissé pour l’artiste capverdienne qui, à l’occasion de sa prochaine scène parisienne, nous explique son parcours et sa démarche musicale. Interview.

Mariana Ramos, un sourire, une voix, une prestance. L’artiste capverdienne, qui a sorti il y a quelques mois Bibia, le second opus de sa carrière, revient sur le devant de la scène avec un répertoire enrichi. Musiques métisses, musiques complices, elle nous ouvre les portes de son univers. Parcours, envies, réflexions, celle que l’on pourra applaudir samedi prochain à L’Européen à Paris nous invite à partager un peu d’elle-même.

Afrik.com : Pourquoi avoir intitulé votre album Bibia ?

Mariama Ramos : Bibia est le petit surnom des Maria. C’est un album qui rend hommage à mes deux grand-mères qui avaient pour petit nom Bibia. Une de mes grand-mères m’a élevée pendant ma petite enfance. Quelques chansons résument un peu l’ambiance de l’époque.

Afrik.com : Comment définisez-vous votre style exactement ?

Mariama Ramos : C’est un mélange, un métissage de toutes ces influences qui viennent se greffer sur la musique capverdienne traditionnelle. Je vis en France depuis l’âge de sept ans. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait pas mal d’autres musiques que la musique traditionnelle, mais j’ai toujours baigné dedans puisque mon père Toy Ramos (célèbre guitariste du groupe « Voz de Cabo Verde », ndlr) m’a bercé avec durant toute mon enfance et toute ma jeunesse. Et même jusqu’à maintenant puisqu’il m’accompagne sur scène. Lorsque j’étais plus jeune, je ne voulais pas faire comme lui, surtout pas. J’étais plutôt influencée par ce que j’entendais en France où j’ai grandi. C’est-à-dire le rock, puis la variété américaine et française mais aussi le jazz. J’ai d’ailleurs eu une période de jazz avant de revenir à l’Afrique et au Brésil.

Afrik.com : Comment s’est opéré le retour aux sources ?

Mariama Ramos : C’était juste un voyage musical. J’ai touché à tout pour m’enrichir, me connaître. J’avais la curiosité de faire autre chose. Je vois des collègues qui ne font que de la musique capverdienne. Pour ma part j’ai envie que l’on puisse retrouver dans ma musique j’ai envie de retrouver toutes ces influences qui ont bercé ma jeunesse.

Afrik.com : Comment avez-vous commencé dans la musique ?

Mariama Ramos : A neuf ans, je chantais. Je regardais la télévision et j’étais influencée par la variété française. J’imitais, essayais de faire la même chose. Lorsque j’étais jeune, j’allais voir des spectacles. J’étais en admiration devant la scène, devant l’éclairage et ces artistes qui chantaient et dansaient. J’ai donc eu envie de faire pareil. Très jeune, j’ai monté des groupes. Je me suis intéressée non seulement à la musique, mais aussi à la danse, qui est ma première passion et que j’ai commencée à l’âge de sept à mon arrivée en France.

Afrik.com : Comment, en ayant quitté votre pays à sept ans, arrivez-vous à garder une sensibilité capverdienne ?

Mariama Ramos : Quand je suis arrivée en France je retrouvais mon père et ma mère qui nous avaient confiés à notre grand-mère pendant quatre ans. C’était la joie de les retrouver avec mes frères et sœurs. Les premiers temps ont été difficiles, mais nous étions tous heureux de nous retrouver. Mes parents parlaient le créole à la maison. Il a poursuivi son activité dans la musique capverdienne et répétait souvent ses morceaux, ses titres à la maison. Quand on parle sa langue maternelle, que les parents vous racontent comment ils ont vécu, qu’ils vous racontent le Cap-Vert, il est vrai que l’on reste enraciné.

Afrik.com : Etes-vous retournée au Cap-Vert ?

Mariama Ramos : Non. Et c’est l’un de mes grands regrets, mais avec six enfants (je suis la troisième), mes parents n’avaient pas les moyens de nous envoyer au Cap-Vert.

Afrik.com : Le retour aux racines vous a-t-il poussé à retourner là-bas ?

Mariama Ramos : C’est vers l’âge de vingt ans avec des associations et manifestations de la communauté capverdienne en France que j’ai pu revivre culturellement avec le Cap-Vert. Avec un groupe de femmes en 1988, nous avons d’ailleurs monté l’association « Enfants d’aujourd’hui et de demain » (nom traduit du portugais par nos soins, ndlr), qui d’ailleurs existe toujours.

Afrik.com : Vous avez fait votre premier album en 2000. Comment c’est passé l’aventure de ce premier disque ?

Mariama Ramos : J’avais une vie de famille et un travail. Mais je continuais à chanter dans les bals le week-end. J’ai fait une très belle rencontre en l’image de Téofilo Chantre. A l’époque il avait composé beaucoup de chansons, mais d’influence brésilienne. Il m’a dit qu’il aimait beaucoup mon concept de chanter en capverdien et d’exprimer plein d’influences à travers ma voix. C’est là que j’ai eu le déclic de chanter en mon nom et en capverdien. Il avait composé deux trois titres pour moi. Je savais qu’il allait commencer sa vie professionnelle dans la musique. Je ne pouvais pas à l’époque, à cause de ma vie de famille, m’investir à fond dans la musique. Je lui ai donné rendez-vous dans quelques années, quand j’estimerais être prête, pour enregistres ces trois titres. Une dizaine d’années plus tard, nous enregistrions un album ensemble. Je ne voulais pas faire des choses traditionnelles, parce que ça ne correspond pas vraiment. Au grand damne de mon père. Qui pourtant m’accompagne dans tous mes concerts.

Afrik : Combien de temps a nécessité la réalisation de Bibia ?

Mariama Ramos : L’album a nécessité deux ans de travail. J’ai choisi mes auteurs compositeurs, j’ai choisi mes chansons en fonction du thème et de ce que j’avais envie d’exprimer. Du premier album au deuxième, j’ai travaillé avec les mêmes musiciens, ceux avec qui je suis également partie en tournée. Ils me connaissent bien, ils connaissent ma musique donc cela facilite le dialogue artistique.

Afrik.com : Vous êtes plutôt scène ou studio ?

Mariama Ramos : Je me préfère sur scène qu’en studio. Sur scène on est en face d’un public. Il vous porte et vous transporte. Je ne retrouve pas en studio cette émotion qui passe en live.

Afrik.com : Vous avez un style assez métissé. Comment les Capverdiens ont accueilli votre musique ?

Mariama Ramos : C’était, pour eux, une fierté quelque part de voir une enfant du Cap Vert qui soit partie si jeune et qui continue à chanter en capverdien. Ils ont entendu dans la voix toutes mes influences. Ils l’ont très bien comprise, très bien acceptée.

Afrik : La cabo love est un style qui monopolise le devant de la scène de la musique capverdienne. Comment réagissez-vous à cela ?

Mariama Ramos : Ce qui me fait peur est que les jeunes n’écoutent pas autres choses. Ils ne s’ouvrent malheureusement pas à d’autres musiques.

Afrik : Avec qui aimeriez-vous chanter en duo ?

Mariama Ramos : J’aime beaucoup Tito Paris. Chez les non capverdiens j’aime bien Michel Jonaz, Oussou n’Dour… En fait, il y a plein de personnes avec qui j’aimerai mélanger ma voix et mon style. J’adorerai faire un album que de duo.

Afrik.com : Vous avez une voix aux intonations jazzy. Avez-vous déjà pensé à vous écarter de la musique capverdienne pour faire un album uniquement jazz ?

Mariama Ramos : Pourquoi pas. Un album ça mûrit, c’est une période de sa vie où l’on ressent les choses. Un album a une histoire.

Afrik.com : Y a-t-il une différence entre le public africain et le public français ou européen ?

Mariama Ramos : Je trouve le public africain plus exigeant. J’ai toujours l’impression de devoir leur donner plus. Le public européen reçoit plus facilement. L’autre petite différence est peut être que le public africain est instantané. Il exprime tout de suite son sentiment par rapport à votre musique, alors que les européens moins. En revanche, ils viennent vous voir à la fin du concert pour discuter et échanger.

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