Mohammed VI peut-il toujours diriger le Comité Al-Qods ?

Mohammed VI, roi du Maroc
Le roi du Maroc, Mohammed VI

Le roi Mohammed VI du Maroc est le président du comité Al-Qods, chargé de veiller sur les lieux saints musulmans de la ville de Jérusalem. Seulement, le rapprochement entre le Maroc et Israël, surtout en matière de coopération militaire, est si avancé qu’il est légitime de poser la question de savoir si le commandeur des croyants peut continuer de mener à bien la mission assignée.

C’est une véritable lune de miel que vivent le Maroc et Israël. Les deux pays ont normalisé leurs relations en décembre 2020 sous l’impulsion des États-Unis alors dirigés par Donald Trump. Washington ayant accepté de reconnaître la souveraineté du royaume chérifien sur le Sahara Occidental en contrepartie d’une normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Un rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv très dynamique. Dans le cadre de cette coopération, des commandos marocains étaient en Israël, en juillet 2021, pour participer à des exercices militaires conjoints. En retour, des officiers israéliens ont également participé aux manœuvres militaires African Lion, coorganisées par le Maroc et les États-Unis.

Aujourd’hui, Mohammed VI, qui est censé protéger les intérêts de l’Etat palestinien, a fait d’Israël un allié militaire. Lors de sa visite à Rabat, il y a quelques jours, Aviv Kohavi, chef d’état-major de l’armée israélienne, a échangé avec les hauts gradés de l’armée marocaine sur «le renforcement de la coopération militaire, en matière de formation et de renseignements». Cette visite du chef d’état-major de l’armée israélienne au Maroc avait pour objectif de traduire en actes le protocole d’accord de coopération militaire et sécuritaire signé entre les deux pays, lors de la visite à Rabat de Benny Gantz, ministre israélien de la Défense.

Une véritable coopération entre le Maroc et Israël qui n’a plus de limite. La presse marocaine a d’ailleurs rapporté que les ressortissants israéliens sont en tête des demandeurs des e-visas, processus récemment lancé par les autorités diplomatiques du Maroc. Ce n’est pas tout entre les deux pays. Surtout côté militaire. Le 19 juillet 2022, Abdellatif Loudiyi, ministre délégué marocain chargé de la Défense, et le général Kohavi ont examiné les opportunités de «développer davantage les axes de la coopération portant principalement sur la formation, le transfert de technologies ainsi que sur le partage d’expériences et d’expertises».

Une expertise militaire marocaine qui permettra aux autorités israéliennes de faire des incursions dans Jérusalem avec plus de professionnalisme ? On sait que mi-avril dernier, les forces israéliennes ont blessé plus de 150 Palestiniens par des tirs de balles lors d’un assaut à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa à Al-Qods. Le roi Mohammed VI, qui avait vigoureusement condamné cette incursion des forces de défense et de sécurité israéliennes, à Jérusalem, n’est sans doute pas attendu pour aider dans la formation de l’armée israélienne. Le roi du Maroc est-il toujours en mesure de défendre les intérêts de la Palestine ? Tout compte fait, le souverain peut-il légitimement continuer à diriger le Comité Al-Qods ?

Lire : Mohammed VI hausse le ton après l’incursion des forces israéliennes dans la mosquée Al-Aqsa