
Une remarque sarcastique du milliardaire égyptien Naguib Sawiris sur la plateforme X a provoqué une onde de choc diplomatique. En se moquant de l’apparition d’un haut dignitaire égyptien en tenue marocaine lors de funérailles au Caire, qu’il compare à Mohammed VI, le patron d’Orascom Investment a déclenché une violente polémique qui contraste ironiquement avec ses investissements massifs au Maroc. Un rappel des tensions sous-jacentes entre deux puissances arabes.
Une djellaba marocaine lors d’une cérémonie au Caire
Tout a commencé par un événement funéraire. L’enterrement de la mère du ministre de l’Industrie égyptien, dont les obsèques se sont déroulées au Caire. Or, lors de cette cérémonie officielle, le ministre des dotations religieuses, Oussama al-Azhari, a arboré une djellaba marocaine, vêtement traditionnel du royaume chérifien. Un choix singulier pour un haut dignitaire religieux égyptien. Il est, en effet, censé respecter le protocole vestimentaire d’Al-Azhar, l’institution religieuse la plus prestigieuse d’Égypte.
Cette décision a attiré l’attention sur les réseaux sociaux, où internautes et commentateurs se sont interrogé sur les raisons de ce choix non conventionnel lors d’une cérémonie à la fois religieuse et protocolaire.
La sortie de Naguib Sawiris sur X
C’est alors que Naguib Sawiris, le milliardaire égyptien de 71 ans, a décidé d’intervenir sur X. Interrogé par un internaute sur l’identité de l’homme en habit marocain, le magnat des télécoms a répondu par un trait d’humour acide : « Le roi du Maroc ».
Mais la plaisanterie a soulevé un tollé sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui y ont vu une attaque directe contre Mohammed VI, le souverain marocain. La blague a été perçue comme irrespectueuse envers la figure royale du Maroc, dont la santé n’est pas au mieux et le style vestimentaire fait parfois la Une de la presse, comme lorsqu’il porte son pantalon à fleurs.
Les excuses pas très spontanées de Naguib Sawiris
Face à la montée des critiques, Naguib Sawiris a ommédiatement choisi de faire marche arrière. Sur ses réseaux sociaux, il a publié un message de clarification affirmant son respect à l’égard du Maroc et de son monarque. « Tout mon respect et mon appréciation au roi du Maroc, je n’ai jamais voulu manquer de respect », a-t-il écrit, avant de préciser qu’il voulait uniquement souligner que la tenue était marocaine et non égyptienne. Même si évoquer Mohammed VI pour parler d’une tenue marocaine paraît discutable, il fallait bien sauver la situation.
Car si le revirement est remarquable de rapidité, c’est qu’il révèle à quel point les investissements massifs de Sawiris au Maroc, estimés à plus de 100 millions de dollars dans divers secteurs, notamment celui des batteries électriques, font de la diplomatie d’affaires une nécessité pour le magnat égyptien.
Quand les affaires et la diplomatie se rencontrent
Cet incident révèle l’ironie profonde de la situation géopolitique régionale. D’un côté, Naguib Sawiris, l’un des plus puissants hommes d’affaires égyptiens, voit le Maroc comme un terrain d’investissement crucial pour diversifier son empire commercial. De l’autre, les tensions historiques entre l’Égypte et le Maroc subsistent, même si elles s’expriment désormais davantage à travers des petits incidents humoristiques que par des confrontations diplomatiques ouvertes.
Pour Sawiris, qui brigue l’accès à un marché marocain dynamique et offrant d’importantes opportunités technologiques, la blague peut se révéler un faux pas coûteux. Même les critiques les plus anodines du protocole royal marocain peuvent provoquer des réactions disproportionnées. Au Maroc, on ne badine pas avec le roi, sur qui repose le système économique et social.
Le respect du protocole concernant le roi Mohammed VI constitue une ligne rouge qu’aucun investisseur étranger, même prestigieux, ne peut franchir impunément. Une leçon de realpolitik que Sawiris, après un quart de siècle d’affaires internationales, a clairement besoin de réapprendre.




